Accusés d’avoir été en 2023 des « précurseurs » des traversées clandestines de la Manche par « taxi-boats », organisées à un « rythme quasi industriel », 17 passeurs ont été condamnés mercredi à des peines allant d’un an de prison avec sursis à huit ans ferme.
– « Exploitation du désespoir » –
Âgés d’une vingtaine à une quarantaine d’années, les 17 hommes avaient comparu pendant deux semaines devant la chambre correctionnelle de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) du tribunal judiciaire de Lille pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en bande organisée », « participation à une association de malfaiteurs » et « mise en danger d’autrui ».
Le réseau reposait sur « l’exploitation à des fins lucratives du désespoir de devoir quitter sa patrie et sa famille, mais aussi l’exploitation de l’espoir d’un avenir meilleur », a estimé la présidente du tribunal lors de la lecture de la décision mercredi.
Elle a également noté que l’enquête avait permis de démontrer que les personnes impliquées suivaient un « mode opératoire répété » pour permettre « des passages clandestins organisés et structurés » vers la Grande-Bretagne entre avril et octobre 2023.
Certains occupaient des rôles d' »organisateurs », d’autres de « guides » chargés de mener des migrants jusqu’aux zones d’embarquement et de mettre à l’eau des bateaux, d’autres encore de « conducteurs de taxi-boats », ou des fonctions de rabatteurs et de chauffeurs chargés de transporter les passeurs sur le littoral, selon le parquet.
– Départs souvent chaotiques –
Le terme « taxi-boat » fait référence à un mode opératoire qui s’est développé depuis 2023, consistant à mettre à l’eau des embarcations à l’abri des regards – notamment depuis des cours d’eau à l’intérieur des terres – pour échapper à la surveillance des forces de l’ordre près des principales plages de départ.
Ces canots pneumatiques s’approchent ensuite par la mer des plages où les attendent les migrants, qui embarquent directement dans l’eau, dans des conditions souvent chaotiques, avant de poursuivre leur route vers l’Angleterre. « Ce sont des individus précurseurs de ce phénomène (des taxi-boats, NDLR), qui l’ont mis en place dans un rythme quasi industriel », avait souligné le parquet lors du procès.
Face à la sécurisation renforcée autour du port de Calais et du tunnel sous la Manche, la plupart des candidats à l’exil se sont rabattus ces dernières années sur des traversées maritimes clandestines à bord d’embarcations de fortune, une solution généralement beaucoup plus coûteuse que les camions, et également très risquée.
En 2025, au moins 29 migrants sont morts en mer en tentant de rejoindre l’Angleterre, selon un comptage de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Dans le même temps, plus de 41.000 migrants sont arrivés au Royaume-Uni par le biais de « small boats », un chiffre en hausse pour la deuxième année consécutive malgré les mesures du gouvernement travailliste pour tenter d’endiguer ces traversées.
AFP