Les médecins dans la rue contre une « dérive autoritaire » et en appellent à Lecornu

Plusieurs milliers de médecins libéraux en grève depuis lundi ont défilé dans le froid samedi à Paris pour dénoncer une « dérive autoritaire » qui menace selon eux leur « liberté d’exercice », appelant le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à leur « faire des propositions ».

La manifestation a rassemblé 20.000 personnes, selon organisateurs, dont beaucoup étaient en blouses blanches, derrière une banderole de tête proclamant « Maltraiter les soignants, c’est maltraiter les patients ».

« Nous ne sommes pas des délinquants, nous n’avons rien à faire dans un projet de loi fraudes », a lancé Patricia Lefébure, présidente de la Fédération des médecins de France.

Ce projet de loi prévoit la possibilité d’imposer des objectifs de réduction de prescriptions d’arrêts maladie aux médecins qui en prescrivent nettement plus que leurs confrères en situation comparable.

« Ce qui m’a poussé à descendre dans la rue, c’est pas des mesures en particulier, c’est une ambiance générale, c’est le ras-le-bol », a déploré Olivier Couffin, médecin généraliste dans l’Essonne.

« On a l’impression que nos politiques ne sont jamais venus sur le terrain, n’ont jamais rien vu d’un cabinet médical », selon ce médecin qui exerce depuis 25 ans.

La question des dépassements d’honoraires cristallise de nombreux mécontentements.

« On nous dit qu’il faut beaucoup moins dépasser, et que sous peine de dépassement excessif, on va nous reprendre des indus. Nous en ville sans les dépassements d’honoraires, on ne peut pas payer nos charges, les locaux, les cotisations très importantes », a déploré Clémence Goût, gynécologue à Paris.

– « Exil à Bruxelles » –

« Non, madame la ministre (de la Santé, Stéphanie Rist), non les parlementaires, les médecins ne sont pas indûment payés », s’est énervé Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Selon lui, le mouvement de grève entamé le 5 janvier, « n’en est qu’à la mi-temps ».

La mobilisation devrait connaître un point d’orgue en début de semaine prochaine lorsque de nombreuses cliniques privées seront affectées par des fermetures de blocs opératoires.

Dès dimanche et jusqu’à mercredi, le syndicat Le Bloc prévoit une opération « Exil à Bruxelles » à laquelle 2.000 spécialistes, chirurgiens, anesthésistes et gynécologues sont inscrits, avec un départ collectif en bus prévu à midi de la porte Dauphine à Paris.

Parmi les mesures irritantes récemment adoptées, la possibilité donnée au directeur de l’Assurance maladie de fixer unilatéralement des tarifs médicaux.

En France, « les besoins de soins augmentent mais les moyens dédiés à la santé diminuent, alors, forcément, il y a une inadéquation. Et il y a une dérive autoritaire », a déploré la présidente du premier syndicat des généralistes, Agnès Giannotti.

Au vu de la « mobilisation historique », « il est grand temps qu’au plus haut niveau de l’Etat, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, nous donne des réponses concrètes », a exigé M. Devulder.

– Réforme « bâclée » –

« On demande de respecter, de sanctuariser la convention médicale, l’accord qu’on signe avec l’Assurance maladie » tous les quatre ans pour réguler le secteur, a souligné Patricia Lefébure.

Les médecins libéraux ont déjà obtenu la suppression de la surtaxation des dépassements d’honoraires ou l’obligation de consulter et d’alimenter le dossier médical partagé (DMP) des patients.

Les internes, également mobilisés, dénoncent la mise en place « bâclée » de la réforme instaurant une quatrième année de médecine générale, qui devait initialement leur offrir un an de stage en libéral mais va, par manque de places, pousser de nombreux étudiants à rester « une année de plus à l’hôpital », selon leurs représentants.

Selon la ministre de la Santé, qui reçoit les statistiques avec un délai de 48 heures, l’activité avait diminué mardi de 19% chez les généralistes et 12% chez les spécialistes.

Des nombres « pas représentatifs » selon les syndicats qui estiment que 80% des praticiens participent au mouvement, qui prend souvent la forme d’une « grève perlée », avec quelques jours d’ouverture pour ne pas pénaliser leurs patients.

Selon Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), 80% des 4.000 praticiens inscrits à la « permanence des soins en établissements de santé » (gardes) ont été « réquisitionnés » par les autorités pour maintenir un niveau d’activité minimal en clinique.

AFP 

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