À l’occasion de la Journée mondiale de la paix célébrée à Youtou, Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga a lancé un appel fort à la persévérance, au pardon et à l’émergence d’une nouvelle génération de paix en Casamance, après plus de quarante ans de conflit.
« Quand le conflit casamançais a éclaté en 1982, j’avais dix ans. Aujourd’hui, j’en ai cinquante-trois. Cela signifie que quarante ans de ma vie se sont déroulés dans ce contexte », a déclaré Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga, évêque de Ziguinchor.
Un témoignage personnel qui, selon lui, reflète le vécu de « des milliers et des milliers de Casamançais ».
L’évêque s’exprimait au village de Youtou, dans le département d’Oussouye, commune de Santhiaba Manjacque, à l’occasion d’un « temps de prière et de partage autour de la paix », organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la paix, célébrée par l’Église catholique chaque 1er janvier.
Pour Monseigneur Manga, le conflit a profondément marqué la société casamançaise. « Beaucoup sont loin ou ailleurs. Des enfants ne connaîtront peut-être jamais leurs pères », a-t-il déploré, soulignant l’urgence de tourner la page de la violence.
« Nous avons été la génération de la guerre. Il faut maintenant que se lève la génération de la paix », a-t-il insisté.
S’appuyant sur les enseignements du pape Léon, l’évêque de Ziguinchor a exhorté les fidèles à faire de la paix un engagement quotidien. « Comme les disciples de Jésus, nous sommes appelés à nouer une amitié indissoluble avec la paix, partout dans le monde », a-t-il rappelé.Et de citer encore le souverain pontife : « Ouvrons-nous à la paix, accueillons-la et reconnaissons-la, plutôt que de la considérer comme lointaine ou impossible ».
Conscient de la lassitude que peut engendrer la longueur du conflit casamançais, Monseigneur Manga a appelé à la persévérance. « On peut se fatiguer d’appeler à la paix, mais le pape nous invite à continuer, sans relâche, à la rechercher. La paix ne passera pas par les armes ; elle passera par le pardon », a-t-il affirmé.
Après Diongol l’année précédente, le choix de Youtou s’inscrit, selon lui, dans une démarche symbolique forte. « Nous sommes passés de l’extrême nord, à l’extrême sud de notre Basse Casamance pour transmettre le même message : celui de la paix. C’est le même message que j’avais porté le jour de mon ordination », a-t-il expliqué.
Revenant sur son homélie de la nuit de Noël à la cathédrale de Ziguinchor, célébrée le 24 décembre, l’évêque a de nouveau rappelé le poids des décennies de conflit. « Quand la crise a éclaté, j’avais dix ans. Aujourd’hui, j’en ai cinquante-trois. Ce que je dis pour moi concerne des milliers de Casamançais », a-t-il martelé.
C’est dans cette perspective d’espérance qu’il a annoncé que, cette année, la libération symbolique des colombes de la paix sera confiée aux enfants. « Ce sont eux que nous avons amenés et entendus au début de la messe. Les enfants sont notre avenir et notre espérance », a-t-il souligné.
Enfin, Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga a lancé un appel à la responsabilité collective : « Nous devons permettre à ces enfants de déployer tout le potentiel que Dieu a mis en chacun d’eux, un potentiel qui est pour eux, pour nous et pour toute l’humanité. La guerre empêche ce potentiel de se manifester ».
H.S.