Le procès des membres de la branche tunisienne de l’ONG française Terre d’asile, accusés d’aide illégale aux migrants, ouvert lundi à Tunis et dénoncé comme « une criminalisation de la société civile » par Amnesty International, se poursuivra début janvier, selon leurs avocats.
Mme Riahi et M. Joo sont détenus depuis plus de 19 mois, tout comme deux autres employés de Terre d’asile et deux des 17 prévenus travaillant pour la ville de Sousse, selon Me Seifallah Ben Meftah, avocat de Mme Riahi. Selon Hayet Jazzar, autre avocate de cette mère de deux enfants en bas âge, le tribunal a refusé en fin d’après-midi la libération conditionnelle des six prévenus emprisonnés, et a fixé la prochaine audience au 5 janvier.
Les prévenus sont aussi poursuivis pour « entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement » et encourent des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Amnesty a appelé les autorités tunisiennes à « mettre un terme à cette injustice » et « à abandonner les poursuites visant des travailleurs humanitaires » dans un « procès fallacieux ». « Ils sont uniquement poursuivis pour leur travail légitime consistant à fournir une aide et une protection vitales » à des réfugiés, demandeurs d’asile et migrants « en situation précaire », a déclaré Sara Hashash, responsable régionale d’Amnesty dans un communiqué.
– « Boucs émissaires » –
« La solidarité n’est pas un crime », clamait une grande banderole déployée devant le tribunal par des proches des personnes jugées. « Toutes les actions (de Mme Riahi) ont été menées » dans le cadre d’un projet approuvé par l’Etat tunisien et en « coordination directe » avec le gouvernement, a expliqué à l’AFP Me Meftah, soulignant que « la protection et l’aide aux migrants » sont prévues par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie.
Devant le tribunal, Romdhane Ben Amor, de l’ONG spécialisée dans les questions migratoires FTDES, a trouvé « paradoxal » que les responsables de Terre d’asile aient pu participer jusqu’à récemment « à des réunions dans les ministères à la demande de l’Etat tunisien » pour aider les migrants. « Aujourd’hui, ce travail ne sert plus la narration de l’État tunisien » qui « les a sacrifiés comme boucs émissaires pour justifier son discours raciste », a dénoncé M. Ben Amor auprès de l’AFP.
Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires dont l’égérie de la lutte antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès doit s’ouvrir fin décembre. La Tunisie est un point de passage clé pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer.
En février 2023, le président Kais Saied avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays. Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne, selon des ONG, aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine sont morts.
AFP