Neutralité et financement: la patronne de France Télé se défend face aux députés

Attendue de pied ferme par les députés, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, a défendu mercredi sa gestion de l’entreprise et la neutralité des émissions, une « exigence absolue », devant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public.

Le contexte est inflammable et le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle (UDR), a préparé pas moins de 50 questions. Dans la salle Lamartine de l’Assemblée nationale, où se tient l’audition de plusieurs heures, Delphine Ernotte Cunci prend le temps de la pédagogie et développe ses réponses, souvent pressée d’accélérer par les députés.

« France Télévisions est un média financé par tous. Il doit donc s’adresser à tous, quels que soient son lieu de vie, ses opinions ou son niveau de revenus. Il s’agit, pour nous, d’une exigence absolue », a martelé la dirigeante. Cependant, « les polémiques de ces dernières semaines ont pu alimenter un débat qui est légitime », a-t-elle reconnu.

La commission d’enquête sur la « neutralité » et « le financement de l’audiovisuel public » a été créée par les députés du groupe UDR d’Eric Ciotti dans la foulée de l’affaire Legrand-Cohen. Ces deux journalistes du service public ont été accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant dans un restaurant avec deux de ses responsables.

Plus généralement, France Télévisions ainsi que Radio France, dont les responsables seront auditionnés la semaine prochaine, sont accusés par une partie de la droite et le Rassemblement national de partialité en faveur de la gauche. Face aux doutes émis par le rapporteur sur la neutralité de France Télévisions, Mme Ernotte Cunci a assuré que le groupe se montre « exemplaire en matière de transparence de son offre d’information et d’équilibre des points de vue ».

Quant aux erreurs commises sur les antennes, « je ne considère pas que nous soyons irréprochables » et il y a des sanctions internes le cas échéant, a-t-elle exposé. Mais « cela ne veut pas dire que l’information de France Télévisions n’est pas rigoureuse, n’est pas impartiale », a-t-elle opposé au rapporteur qui l’a appelée à prendre ses « responsabilités ».

Sous sa présidence, la seule sanction reçue du régulateur a concerné « l’interview d’un homme qui était auprès du corps sans vie de sa femme, recouvert d’un drap blanc », diffusée « à 1h37 du matin » après l’attentat de Nice en 2016, a-t-elle souligné. Dans les prochaines semaines, une « nouvelle direction de la déontologie » transversale va être mise en place, et un « même niveau d’exigence » sera appliqué à tous les magazines d’information, y compris produits en externe.

– « réformes structurelles » –

Sur l’autre volet des travaux de la commission d’enquête, concernant le financement, la présidente de France Télé a vanté les « efforts massifs » réalisés par l’entreprise depuis son arrivée à sa tête en 2015. En euros constants, « France Télévisions +coûte+ aux Français 500 millions d’euros de moins » par an, a-t-elle assuré, cependant que le rapporteur émettait des « doutes sur la sincérité des comptes ». « Pour tenir l’équilibre en 2026, il va nous falloir revoir nos missions », a prévenu la dirigeante.

En septembre, un rapport de la Cour des comptes a mis en évidence une « situation financière critique » à France Télé, qui impose « sans délai des réformes structurelles ». Les Sages demandent que l’Etat fixe à l’entreprise « une trajectoire financière réaliste », alors qu’une coupe budgétaire de 65 millions d’euros se profile pour 2026. « Est-ce que vous admettez votre part de responsabilité? », l’a pressée Charles Alloncle. Delphine Ernotte Cunci ne s’est pas départie de son calme et a renvoyé aux décisions de la « tutelle », autrement dit l’Etat. Elle a apporté la même réponse sur sa rémunération.

Sur les frais de réception élevés de France Télé en 2020, autre point soulevé par le rapporteur, elle a rappelé que « toutes les équipes étaient sur le pont » pendant la crise du Covid et qu’il fallait bien les nourrir. Jérémie Patrier-Leitus, président (Horizons) de la commission d’enquête, avait prévenu en ouverture: « Nous ne sommes pas ici dans un tribunal. Ce ne sera pas le procès de France Télévisions ». Charles Alloncle a promis des « pistes radicales » dans le rapport final – non contraignant – qu’il rendra public au printemps, sans se prononcer à ce stade sur une éventuelle privatisation de l’audiovisuel public souhaitée par ses alliés du Rassemblement national.

AFP

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