Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a décidé de saisir la cour constitutionnelle pour un examen des mesures de durcissement de la politique migratoire votées par le Parlement, notamment celles concernant le droit au regroupement familial.
M. Rebelo de Sousa a demandé à la Cour constitutionnelle un avis « urgent », dans un « délai de 15 jours », selon une note publiée sur le site de la présidence jeudi soir. Si certaines mesures sont jugées anticonstitutionnelles, le texte pourra être renvoyé au Parlement. La décision du chef de l’État intervient après avoir consulté cette semaine les partis sur cette loi votée le 16 juillet dernier, grâce aux voix de la coalition gouvernementale de droite et de l’extrême droite, devenue la deuxième force politique du pays. Ces nouvelles dispositions recentrent notamment l’immigration sur les profils les plus qualifiés et durcissent les règles de regroupement familial.
Un regroupement familial « pourra prendre, au minimum, près de trois ans et demi », ce qui est contraire « au principe de l’unité familiale et de l’intérêt supérieur de l’enfant », estime le président. Il pointe également un manque de clarté juridique ainsi qu’une atteinte « aux principes d’égalité et de non discrimination » de plusieurs mesures. Parmi les mesures les plus controversées figure également la fin du régime plus favorable aux citoyens des pays membres de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Cette mesure a déjà suscité de vives critiques au sein des communautés immigrées lusophones.
En visite à Lisbonne jusqu’à samedi, où il doit participer à un forum économique, le président angolais Joao Lourenço n’a pas mentionné directement cette loi vendredi, mais il avait reconnu mardi dans un entretien à la télévision CNN Portugal que les nouvelles dispositions provoquaient « une certaine gêne ». « Nous n’aimerions pas évoquer des sujets polémiques (…) alors nous allons nous en tenir à tout ce qui peut renforcer notre relation », a-t-il déclaré vendredi après s’être entretenu avec le Premier ministre Luis Montenegro.
M. Montenegro, qui a remercié la communauté angolaise pour sa « contribution inestimable » à l’économie portugaise, s’est quant à lui engagé à continuer d’assurer des « conditions préférentielles permettant aux citoyens angolais de s’intégrer » sur le marché du travail portugais. A cette occasion, les deux pays ont signé plusieurs accords de coopération économique, tandis que le gouvernement portugais a annoncé sa décision de renforcer de 750 millions d’euros la ligne de crédit destinée aux entreprises portugaises investissant en Angola, portant ainsi le total à 3,25 milliards d’euros. « Les gouvernants passent, les lois passent, mais les peuples restent », avait souligné vendredi matin le président portugais à l’issue de la rencontre avec son homologue angolais. (Afp)