Trois prétendants à la présidentielle algérienne du 7 septembre 2024, dont les candidatures avaient été rejetées, ont été condamnés lundi à dix ans de prison ferme pour corruption, a indiqué à l’AFP une source judiciaire.
Le Parquet avait requis cette peine à l’encontre de la femme d’affaires Saïda Neghza, de l’ancien ministre Belkacem Sahli et d’Abdelhakim Hamadi, accusés d’achat de parrainages. L’élection avait été remportée par le président sortant Abdelmadjid Tebboune.
Les trois prétendants à la présidentielle 2024 restent libres et ont 10 jours pour faire appel. Ils doivent également s’acquitter d’une amende d’environ 6.700 euros. Saïda Neghza a réagi à sa condamnation, en clamant son innocence et en assurant qu’elle n’avait « acheté aucun parrainage ».
Mme Neghza a lancé un appel au président Tebboune pour « étudier le dossier » qui est « vide ». Selon elle, une « lettre de 2023 » est à l’origine de ses déboires judiciaires. Mme Neghza avait fait parler d’elle en septembre 2023 en dénonçant dans un courrier au président Tebboune les obstacles rencontrés par les chefs d’entreprises.
Ces derniers se plaignaient, selon elle, « de subir des amendes infligées par un comité formé de cinq ministres, sans même avoir le droit d’accéder à leurs dossiers. Des amendes qui dépassent pour certains le montant des actifs de leurs sociétés et qu’ils ne pourront pas payer ».
Environ 70 autres accusés dans cette affaire, dont trois fils de Saïda Neghza, ont été condamnés à des peines allant de cinq à huit ans. Parmi ces accusés figurent aussi des élus locaux et des membres de l’organisation patronale CGEA.
Amokrane Azouza, l’un des fils de Saïda Neghza, condamné par contumace à huit ans de prison car à l’étranger, a publié sur Facebook une réaction de son frère Bachir, qui se trouve lui en Algérie et a écopé de huit ans également. « Un jour, la vérité éclatera, et chacun portera le poids de ses actes », a affirmé Bachir, cité par son frère.
Ils étaient jugés pour des accusations de « trafic d’influence, offre ou promesse de dons en numéraire en vue d’obtenir ou de tenter d’obtenir des voix d’électeurs, abus de fonction, obtention de dons en numéraire ou de promesses de voix électorales et escroquerie », selon le Parquet.
En août 2024, le Parquet avait annoncé que « plus de 50 élus auditionnés ont reconnu avoir reçu des montants allant de 20.000 à 30.000 dinars (de 140 à 200 euros) afin de parrainer les prétendants à la candidature ». En plus des élus, « dix intermédiaires ayant collecté les fonds et qui les ont remis aux élus » ont été auditionnés.
Les candidats devaient présenter au moins 600 signatures d’élus de différentes assemblées répartis dans 29 préfectures, ou au minimum 50.000 signatures d’électeurs inscrits, avec au moins 1.200 signatures par préfecture. (Afp)
La démocratie algérienne au bord du gouffre