Sénégal: Faut-il valider les « lois » du faux frère ?

La loi de finances rectificative (LFR) pour 2026 interroge les priorités économiques et sociales du président Bassirou Diomaye Faye. Le Sénégal reste-t-il fidèle à la rupture promise en 2024 ou s’oriente-t-il vers une politique d’austérité dont les plus modestes paieraient le prix ?

Les chiffres annoncés alimentent le débat. Les crédits de l’Éducation nationale passent de 990,8 à 959,5 milliards de FCFA, soit une baisse de 31,3 milliards. Ceux de l’Hydraulique et de l’Assainissement reculent de 244,9 à 138,8 milliards, tandis que le budget de la Famille et de l’Action sociale diminue de 122,8 à 105,5 milliards. Ces réductions touchent des secteurs essentiels au développement humain.

Le financement du Grand Transfert d’Eau vers Touba, initialement prévu à hauteur de 50 milliards de FCFA dans le budget de 2026, appelle également des explications. Si les crédits destinés notamment à l’approvisionnement en eau de Touba ont été supprimés, fortement réduits ou reportés sine die, les autorités doivent en préciser les raisons, les conséquences et les solutions envisagées. L’accès à l’eau est un besoin vital qui ne peut être relégué au second plan sans justification.

La réforme des subventions énergétiques, qui prévoit de remplacer progressivement le système généralisé par un mécanisme ciblant les ménages vulnérables, les transports collectifs et les activités essentielles, suscite également des inquiétudes. Le gouvernement invoque le coût croissant des subventions et la nécessité de préserver les équilibres budgétaires. Mais il doit démontrer que cette réforme n’entraînera pas une hausse excessive du coût de la vie pour les familles, les transporteurs, les commerçants et les petites entreprises.

Aucune hausse de l’essence, du gasoil ou de l’électricité ne doit être présentée comme acquise sans confirmation officielle. Toutefois, les conséquences potentielles d’un tel scénario doivent être évaluées. Une augmentation des prix des carburants renchérirait les transports et les marchandises, tandis qu’une hausse du prix de l’électricité alourdirait les dépenses des ménages et les charges des entreprises. Les populations les plus pauvres seraient les premières exposées.

Ces choix budgétaires soulèvent une question fondamentale : sont-ils compatibles avec les engagements pris en 2024 ?
L’élection de Bassirou Diomaye Faye avait suscité un immense espoir de changement. Le programme Diomaye Président promettait la souveraineté nationale, la justice sociale, la lutte contre la corruption, la baisse du coût de la vie et une gouvernance au service des intérêts populaires. La jeunesse, les travailleurs et les catégories les plus modestes avaient placé leurs espoirs dans ces engagements.

Or, une politique se juge aussi à ses arbitrages budgétaires. Peut-on parler de progrès social lorsque les crédits de l’éducation, de l’hydraulique et de l’action sociale diminuent simultanément ? Peut-on prétendre protéger le pouvoir d’achat si la réforme des subventions risque d’alourdir les dépenses quotidiennes ? Les sacrifices exigés de la population doivent être clairement expliqués et équitablement répartis.

Le gouvernement fait face à une dette lourde, à des contraintes financières importantes et à un contexte énergétique international défavorable. Mais la rigueur budgétaire ne saurait justifier automatiquement la réduction des dépenses utiles à la population. La question centrale demeure celle des priorités : quelles économies réaliser, quelles dépenses préserver et comment répartir équitablement l’effort national ?

Une politique véritablement progressiste devrait protéger l’éducation, l’accès à l’eau, la santé, la protection sociale et le pouvoir d’achat. Elle devrait rendre publiques les économies attendues, protéger les ménages vulnérables et démontrer que l’effort national ne repose pas principalement sur les plus faibles.

L’Assemblée nationale doit donc exercer pleinement son rôle de contrôle. Les députés doivent examiner chaque ligne budgétaire, demander des explications sur les réductions de crédits, clarifier l’avenir du Grand Transfert d’Eau vers Touba et évaluer les conséquences de la réforme énergétique. Si nécessaire, ils doivent recourir aux moyens constitutionnels à leur disposition, y compris à la motion de censure, pour s’opposer à une politique qu’ils jugeraient contraire à l’intérêt général.

Le peuple sénégalais doit également rester vigilant. Par le débat public, la mobilisation citoyenne et les moyens démocratiques disponibles, il peut demander des comptes aux gouvernants.

La rupture promise en 2024 ne peut se limiter à un simple changement de dirigeants. Elle doit se traduire par une transformation des politiques publiques, une meilleure répartition des efforts et une amélioration concrète des conditions de vie.

Le Sénégal a besoin de discipline budgétaire, mais aussi de justice sociale. Il a besoin de réformes, mais pas au prix d’un affaiblissement injustifié de l’éducation, de l’accès à l’eau et de la protection des plus fragiles.
Les députés doivent demander des comptes, le gouvernement doit justifier ses choix et les citoyens doivent rester vigilants. Une promesse de rupture n’a de valeur que si elle se vérifie dans les actes, dans les budgets et dans la vie quotidienne des populations.

Or, aujourd’hui, force est de constater que les choix budgétaires présentés soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la place accordée à l’intérêt des populations.

Comment comprendre que le chef de l’État augmente le budget de la présidence tout en réduisant les crédits de l’éducation et de plusieurs secteurs sociaux essentiels ?
Cette orientation est en contradiction avec les attentes populaires et les engagements de justice sociale qui avaient nourri l’espoir de 2024.

Il faut arrêter cela !
Hic Rhodus, hic salta !

Autrement dit, c’est maintenant que le pouvoir doit faire ses preuves et démontrer, par ses actes, sa fidélité aux engagements pris devant le peuple sénégalais.

Masseck Birane Seck, Philosophe, Magi Pastef

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