« Nous attendions cette visite depuis longtemps », abonde Toñi Jimenez, une aide-soignante de 56 ans : « Cela compte beaucoup pour nous, parce que c’est un soutien qui permet d’éviter que notre voisin d’à côté, le Maroc, soit constamment dans cette logique selon laquelle Ceuta et Melilla sont marocaines ».
– « À rude épreuve » –
« Merci beaucoup d’être venus semer la confiance là où elle est la plus nécessaire », a déclaré devant les souverains le président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, estimant que le territoire traversait « la période la plus difficile de son histoire récente », avec une souveraineté « mise à rude épreuve ».
Survenant à quelques semaines des législatives anticipées du 29 novembre, et alors que la question migratoire s’annonce comme un des thèmes majeurs de la campagne, cette visite est la première d’un souverain espagnol dans l’enclave depuis celle de Juan Carlos, le père de Felipe VI, en 2007, qui avait alors provoqué une crise diplomatique avec Rabat.
Ce déplacement met à l’épreuve les relations avec le Maroc, dont le roi Mohammed VI a défendu vendredi le « partenariat » avec l’Espagne, tout en reconnaissant qu’il se heurtait à des « défis majeurs » et en rejetant fermement toute tentative de « pression » ou de « chantage ».
Lundi, le quotidien El Pais a en outre révélé que des navires de guerre marocains étaient entrés dans les eaux de Ceuta lors de l’afflux de migrants fin juillet, un épisode qualifié mardi par la porte-parole du gouvernement espagnol, Elma Saiz, de « fait ponctuel qui s’est résolu dans la plus totale normalité ».
Deux mois et demi après le déclenchement de cette crise, Ceuta, qui compte quelque 80.000 habitants, tente encore de retrouver une certaine normalité, après le choc provoqué par l’arrivée de plus de 70.000 migrants venus du Maroc fin juillet.
Si la plupart sont repartis dans les heures qui ont suivi, plusieurs milliers sont restés dans ce petit territoire situé entre la Méditerranée et l’Atlantique, où une partie de la population s’est sentie abandonnée par l’État.
– Hommage aux victimes –
Ana María Diaz, une retraitée de 69 ans, dit ressentir « une grande joie » devant cette visite royale, même si elle juge qu’elle a lieu « un peu tard ». Ceuta « va très mal », estime-t-elle : « Je pense qu’ils auraient dû tout voir. Comment c’était avant, et comment c’est encore aujourd’hui », ajoute-t-elle, alors que les derniers campements de migrants sur les plages de l’enclave ont été démontés dans les jours précédant l’arrivée des souverains.
Les autorités ont mis en place des centres pour accueillir plus de 7.000 personnes et 2.800 mineurs, mais certains continuent de vivre dans les rues de Ceuta ou dans les collines, principalement en périphérie. Après une rencontre avec les autorités locales à l’hôtel de ville, la visite de Felipe VI et de Letizia se poursuivra dans un établissement scolaire de la ville, où cohabitent historiquement des communautés catholique, musulmane, juive et hindoue.
Les souverains se rendront ensuite au cimetière de Sidi Embarek, où ils rendront hommage à plus d’une centaine de personnes mortes lors de l’arrivée massive de migrants, selon Madrid et Rabat. Plus tard, Felipe VI, qui a déjà qualifié les événements de Ceuta d' »inacceptables », prendra la parole lors d’une rencontre avec des représentants de la société civile de l’enclave espagnole.
AFP
