Carolyn Rodrigues-Birkett, benjamine des huit candidats pour le poste de secrétaire général de l’ONU, a pris vendredi l’avantage à l’issue d’un deuxième « vote indicatif » au sein du Conseil de sécurité, selon une source diplomatique.
L’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, 52 ans, a devancé l’ex-vice-présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan, arrivée en tête lors d’un premier vote en juillet, ainsi que le dirigeant de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), l’Argentin Rafael Grossi.
Réunis à huis clos, les 15 membres du Conseil ont anonymement attribué à chaque candidat une mention : « encourager », « décourager » ou « sans opinion ».
Confirmant plusieurs publications spécialisées dans la couverture de l’ONU, la source diplomatique indique que la Guyanienne a obtenu 8 « encourager », 3 « décourage » et 4 « sans opinion », devant la Costaricaine (7-4-4) et l’Argentin (7-6-2).
Ce processus intervient alors que l’ONU traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire, confrontée à une multiplication des conflits, des divisions persistantes au Conseil de sécurité et de graves difficultés financières.
Sous pression notamment des Etats-Unis, qui contestent régulièrement son rôle et ses financements, l’ONU peine à peser sur plusieurs conflits majeurs, tandis que les coupes budgétaires menacent ses opérations humanitaires.
Dans ce contexte, Carolyn Rodrigues-Birkett plaide notamment pour un renforcement du multilatéralisme, réclamant une organisation plus réactive, plus efficace et moins paralysée par ses lourdes bureaucratiques.
Pour l’emporter au terme de cette procédure qui pourrait prendre encore des semaines voire des mois, un candidat doit recueillir au moins neuf voix, en entraînant un veto des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).
Le nom sera ensuite soumis à l’Assemblée générale, qui en pratique suit la nomination du candidat recommandé.
– Beaucoup de flou –
Cinq femmes et trois hommes tentent à ce jour de succéder au Portugais Antonio Guterres, 77 ans, qui terminera fin décembre son deuxième mandat de cinq ans.
« Il est encore trop tôt pour un consensus », a déclaré à l’issue du vote le représentant permanent de la République démocratique du Congo (RDC), Zenon Ngay.
Interrogée sur la date d’un prochain examen, la présidente du Conseil, la Danoise Christina Lassen, a répondu que la question allait être maintenant « examinée ».
Selon une tradition géographique d’alternance entre continents, pas toujours respectée, l’Amérique latine revendique cette fois le poste, ce qui explique que la majorité des candidats en sont originaires.
De nombreux Etats poussent également pour qu’une femme prenne pour la première fois la tête de l’ONU.
Outre les trois arrivés vendredi en tête, les postulants sont l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet (74 ans), l’Equatorienne Maria Fernanda Espinosa (61 ans), l’Ougandais Olara Otunnu (75 ans), l’ex-président sénégalais Macky Sall (64 ans) et l’Equatorienne Ivonne A-Baki (75 ans).
Personne ne se risque à ce stade à faire de pronostic, tant les préférences des différents membres apparaissent encore très floues, notamment s’agissant des grandes puissances.
« Les membres permanents attendent souvent que le processus soit plus avancé pour dévoiler leurs véritables préférences », relève pour l’AFP Daniel Forti, analyste au sein de l’International Crisis Group.
De nouveaux prétendants au poste pourraient même voir le jour, a souligné jeudi devant la presse Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie à l’ONU.
Le processus a en outre donné lieu à de vives attaques de la part de certains membres permanents du Conseil de sécurité contre la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, l’Allemande Annalena Baerbock, qui pousse pour une procédure beaucoup plus transparente.
Rarement alignés, les Etats-Unis et la Russie sont cette fois montés au créneau pour défendre les prérogatives du Conseil, estimant que Mme Baerbock sortait du cadre de ses fonctions en exigeant notamment qu’elles soient prises en compte des débats organisés avec les candidats par l’Assemblée générale.
AFP
