« Tout sauf l’Argentin » : dans les rues de Marseille, les fans de foot assurent presque unanimement que leur soutien ira à l’Espagne pour la finale du Mondial, même si la Roja a battu les Bleus, refusant catégoriquement de soutenir l’Albiceleste, par rancœur ou conviction politique.
« Ils ont été meilleurs que nous et ont fait un parcours exceptionnel, montant lentement en puissance, à l’image de leur star Lamine Yamal, il faut être fair-play », souligne, sous un soleil de plomb, cet éducateur spécialisé.
Camille, professeure de danse et entraîneuse d’un jeune club de football féminin, aime elle aussi « une équipe aux compétences techniques remarquables, avec un collectif hors du commun, qui mérite le titre ».
D’autres, comme Mike, père de famille au physique athlétique qui enchaîne les tours de terrain, soutiendront la Roja par dépit : « Tout sauf l’Argentine, leur racisme latent et leur héritage culturel ».
Pour ce cuisinier indépendant, le football est « politique et il faut l’assumer ». Il en veut pour preuve la banderole déployée par les joueurs argentins à l’issue de la demi-finale, proclamant que « les Malouines sont argentines », en référence à l’archipel disputé avec le Royaume-Uni, incident qui fait l’objet d’une enquête de la Fifa.
Kevin, 22 ans, à l’esprit revanchard, se souvient de lui « des commentaires dégradants » et de la « célébration humiliante » du gardien Emiliano Martínez après la victoire argentine face à la France en 2022 et veut désormais qu’ils vivent cette déconvenue.
Venu de Paris pour visiter Marseille, Mourad Beldgreu, 13 ans, se rallie de son côté à une théorie très répandue selon laquelle le Mondial serait acquis à l’Argentine.
« Le président de la Fifa Gianni Infantino voulait les voir en finale depuis le début, toutes ces fautes non sifflées au fil des matches, notamment pour Messi, ça me brise le cœur », lâche l’adolescent.
– « Qui se souvient des troisièmes ? » –
Sur une vingtaine de fans rassemblés, rares sont ceux qui se rangeront du côté des Argentins. Matthieu, 30 ans, reconnaît « le génie » de Lionel Messi devenu le meilleur buteur de tous les temps en Coupe du monde avec 21 buts. Mais cela ne suffira pas à le faire pencher pour l’Argentin, qui s’aligne selon lui « une star, contre tout un groupe soudé pour l’Espagne ».
À proximité du stade, attablé au bar Le Patio, seul Jacky Camberlin, 65 ans, clame haut et fort autour d’un pastis qu’il « misera 100 euros sur une victoire de l’Argentine, 2-0 », une équipe qui « mérite de conserver son titre » et « a su briller ». En tant que Parisien installé depuis 35 ans à Marseille, il a l’habitude d’être « un original », glisse-t-il en souriant.
Ceux qui refusent de choisir pourront se rabattre, samedi, sur la petite finale France-Angleterre. « Même si c’est à 23H, je regarderai pour donner de la force à la France, ils nous ont fait rêver et c’est une belle affiche, avec encore une possibilité de gagner », assure Rayan, entrepreneur marseillais de 35 ans.
« Qui se souvient des troisièmes ? », rétorque son ami Yann qui assimile cette rencontre à « un match de gala sans aucun enjeu ». Sirotant son café, l’agent de sécurité enchérit : « Tu t’en rappelles, toi, en 2022 ? » Les deux amis doivent la réponse sur leur téléphone, qui cherche finalement la Croatie.
« La Coupe du monde est bel et bien terminée », tranche le garde à la carrure imposante. « Et de toute façon, s’il faut supporter une équipe, mon cœur ne va qu’à l’OM !
AFP