La polémique autour de la proposition de loi n°17/2026 révèle une question essentielle : qui doit décider des grandes règles de la République ? Le texte vise à réviser une trentaine d’articles, transformer le Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle et renforcer certains équilibres institutionnels.
Sur le fond, plusieurs objectifs peuvent être entendus : mieux séparer les pouvoirs, renforcer l’État de droit, limiter la confusion entre fonction présidentielle et direction partisane. Mais une Constitution n’est pas une simple loi politique. Elle est le pacte fondamental entre l’État, les citoyens et les générations futures.
Le problème n’est donc pas seulement juridique. Même si la voie parlementaire peut être prévue par les textes, la question centrale reste celle de la légitimité démocratique. Une réforme d’une telle portée aurait gagné à s’appuyer sur une large concertation nationale, voire sur un référendum, comme le réclament plusieurs acteurs politiques et citoyens.
Le Sénégal sort d’années de tensions politiques profondes. Dans ce contexte, toute révision constitutionnelle doit apaiser, rassembler et rassurer. Elle ne doit pas donner le sentiment d’une réforme portée par un camp contre un autre, mais d’un compromis républicain au-dessus des partis.
La majorité actuelle a une responsabilité historique : transformer sans brutaliser, réformer sans diviser, gouverner sans confondre victoire électorale et chèque en blanc constitutionnel. L’opposition, de son côté, doit critiquer sans obstruction systématique, proposer sans calcul politicien.
Le Sénégal a besoin d’institutions fortes, mais aussi d’une méthode forte : transparence, pédagogie, débat public, inclusion de la société civile, des juristes, des jeunes, des femmes, des territoires et de la diaspora.
Une Constitution ne doit jamais être l’instrument d’une majorité passagère. Elle doit rester la maison commune de la Nation.
Amadou SYLLA
Citoyen et Militant associatif
Membre du comité inter
asso de la diaspora- Paris