Afrique du Sud : à l’approche du 30 juin, des migrants se pressent de quitter le pays

« Je suis déçue de ce que nos frères et soeurs sud-africains nous font subir. » Avec deux sacs pour tout bagage, Katiija Rajab a rejoint des milliers de Malawites dans un camp improvisé de Durban, d’où elle compte embarquer dans un bus pour rentrer dans son pays.

« Même les enfants nous narguent et nous demandons quand nous allons rentrer chez nous », explique la jeune femme de 36 ans, qui depuis trois ans travaille comme employée de maison dans la localité d’Amanzimtoti, au sud de la grande ville portuaire de Durban (est).

« Quand j’ai annoncé à ma patronne que je partais, elle s’est mise à pleurer. »

Katiija fait partie des plus de 15.000 Malawites qui, effrayés par des semaines de manifestations réclamant le départ des immigrants illégaux et de discours xénophobes en ligne, ont décidé de jeter l’éponge et de retourner au Malawi.

Des groupes d’initiative citoyenne ont donné jusqu’au 30 juin aux ressortissants étrangers en situation irrégulière pour quitter l’Afrique du Sud et ont appelé à des manifestations dans tout le pays, faisant craindre une recrudescence des violences xénophobes.

A Durban, plusieurs milliers d’entre eux sont regroupés dans un vaste terrain, le Old Durban Drive-in, qui abritait des projections de cinéma en plein air sous le régime ségrégationniste d’apartheid avant de servir de lieu de passage pour des cirques.

Sur place, dans des conditions très précaires à peine atténuées par des distributions de repas chauds et de bouteilles d’eau par des volontaires, ils sont enregistrés par les autorités avant de pouvoir embarquer dans un bus à destination de Blantyre au Malawi, pour un périple de plus de 2.000 km.

Parmi eux, Isaac Paul, sa femme Elizabeth et leur bébé d’un an, Trizah.

Paul, dont le passeport a expiré, multipliait depuis quatre ans les petits boulots de jardinage à domicile et d’homme à tout faire.

« Mon patron m’a dit qu’il ne pouvait plus me garder car les autorités ont menacé les employeurs de leur dresser des amendes. Même dans notre quartier, les gens nous menacent et disent qu’on doit partir », explique-t-il à l’AFP.

– « Ce qui m’attend au Malawi » –

Dans l’attente d’être enregistré et de monter à son tour dans un bus, Paul confie son désarroi : « Je ne sais de quoi ma vie sera faite au pays mais je dois subvenir aux besoins de ma famille ».

Même inquiétude pour Chris Chiwutsi, maçon de 47 ans, arrivé sur le site samedi avec son frère cadet Sam, en provenance de Shakaskraal, au nord de Durban. Leur employeur les a licenciés, craignant des amendes et leur propriétaire leur a ordonné de partir.

« Je suis ici depuis 12 ans. Je ne sais pas ce qui m’attend au Malawi, mais je n’ai pas le choix: les Zoulous d’Afrique du Sud nous chassent », témoigne-t-il.

Les responsables provinciaux du ministère de l’Intérieur ont indiqué à l’AFP que ceux qui quittent le pays sans avoir pu justifier de papiers en règle lors de leur enregistrement seront interdits de séjour en Afrique du Sud pendant cinq ans.

Si des manifestations contre les clandestins ont été organisées dans de nombreuses localités, elles ont un rétention plus marqué dans la province du KwaZulu Natal, qui abrite Durban.

Samedi, un journaliste de l’AFP a pu constater un plus grand nombre de policiers déployés dans la ville tandis que le gouvernement a mis en garde les éventuels fauteurs de troubles. Des sociétés de sécurité privée ont indiqué qu’elles seraient elles aussi à pied d’œuvre pour garantir la sécurité.

A quelques kilomètres du camp, se trouve un autre groupe de dizaines de demandeurs d’asile originaires de la République démocratique du Congo, du Burundi ou du Rwanda, qui campent depuis six semaines dans la rue, devant un bâtiment administratif.

Leurs papiers sont en règle pour la plupart mais ils ont fui les menaces dans leur quartier.

« Nous sommes en règle. Les officiels nous disent de rentrer dans notre quartier. Mais comment pouvons-nous y retourner alors que des gens nous menacent ? », se désole Gladys Irakoze, 38 ans qui a fui le Burundi en 2006 pour s’installer en Afrique du Sud. « Nous nous sentons abandonnés. »

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