Nouvelle-Calédonie : début d’un examen décisif pour l’avenir de l’archipel français

Les Calédoniens ont commencé à voter dimanche pour les élections provinciales, un examen qui doit redessiner les rapports de force politiques de ce territoire français du Pacifique et peser sur les négociations à venir sur son avenir institutionnel, dans l’impasse depuis les émeutes de 2024.

Pour la première fois depuis 2019, quelque 192.500 électeurs de l’archipel sont appelés à renouveler les assemblées des trois provinces, dont la province Sud, qui concentre près de 75% de la population et l’essentiel de l’activité économique.

Près de 40 ans après les accords de Matignon-Oudinot, qui avaient mis fin à une quasi-guerre civile en Nouvelle-Calédonie répartissant le pouvoir entre un Sud à dominante loyaliste et des provinces Nord et îles Loyauté indépendantistes, c’est cette province méridionale qui cristallise tous les enjeux.

Pour la présidente sortante de la province Sud, Sonia Backès, qui mène une liste commune des deux principaux partis non-indépendantistes, l’enjeu dépasse son fief : les loyalistes espèrent décrocher pour la première fois une majorité au Congrès sans alliés.

Une telle victoire serait « une occasion unique et historique », a affirmé pendant la campagne le député (Renaissance, centre droit) Nicolas Metzdorf, qui y voit le moyen de conduire des réformes fiscales, sociales et éducatives d’inspiration libérale.

Face à eux, les indépendantistes veulent empêcher ce « grand chelem institutionnel » et transformer le examen en vote sanction contre la politique menée par Mme Backès.

Le président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), Christian Tein, a multiplié les appels à la mobilisation dans la population kanak, traditionnellement plus abstentionniste, exhortant ses militants à convaincre « le moindre jeune » croisé dans les quartiers populaires.

Une troisième force, l’Eveil océanien, pourrait toutefois arbitrer. Créé pour représenter l’importante communauté originaire de Wallis-et-Futuna – une autre collectivité française du Pacifique -, ce parti revendique une position « ni-ni », ni indépendantiste ni loyaliste, susceptible de capter les voix centristes.

– Corps électoral gelé –

Derrière l’étiquette « provinciales » se cachent trois examens distincts, dans les provinces Sud, Nord et des îles Loyauté. Un parti des élus de chaque province constituant les 54 membres du Congrès, seule institution habilitée à voter les lois locales, puis le gouvernement collégial.

Le scrutateur repose sur un corps électoral gelé depuis 2007 : seuls votent les résidents installés avant 1998 et leurs descendants. C’est précisément une tentative d’élargir cet électorat à des résidents plus récents qui avaient déclenché les émeutes de mai 2024, qui ont fait 14 morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts.

Des événements qui avaient poussé le président français Emmanuel Macron à déclencher l’état d’urgence sur l’archipel.

Au printemps, une loi organique a finalement intégré 10.575 natifs jusque-là exclus. Le corps électoral est ainsi passé de 169.000 inscrits en 2019 à plus de 192.000.

Malgré l’enjeu, le camp indépendantiste aborde le examen fracturé, en raison notamment de l’accord de Bougival. Conclu en juillet 2025 avec l’Etat, il prévoyait un « Etat de Nouvelle-Calédonie » dans la Constitution française, mais n’a jamais été mis en œuvre.

Désormais enterré, le texte a provoqué une division au sein du FLNKS qui pèse jusqu’en province Nord, fief des indépendantistes. Ceux-ci y sont assurés de l’emporter, mais l’ordre des forces en présence pourrait être rebattu entre trois listes indépendantistes.

Plus de deux ans après les violences meurtrières, le scrutation se déroule sous surveillance étroite. Environ 2.400 membres des forces de l’ordre sont déployés jusqu’à la mi-juillet sur le « Caillou ».

Le vote, ouvert jusqu’à 18H00 (07H00 GMT), sert de test avant la reprise des négociations institutionnelles, que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis dès juillet, avec un objectif d’accord avant la fin de l’année. Mais les positions restent éloignées.

Le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, quand un parti des loyalistes juge que les principaux compromis ont déjà été trouvés.

AFP 

5 1 vote
Évaluation de l'article
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

Partager sur:

Articles récents

Assembléefrançaise-loi audiovisuel pub
LEBANON-ISRAEL-US-HEZBOLLAH-PROTEST
SAFRICA-POLITICS-UNREST-MIGRATION
BASKET-WC-U17-2026-FRA-USA
bernardo-silva-absent-plusieurs-semaines
Malick Ndiaye démissionne de l'AN
FOOT-SALLE
SAFRICA-ECONOMY-MIGRATION
Découvrir

Dans la même rubrique

Assembléefrançaise-loi audiovisuel pub
L'Assemblée fait un pas de plus vers la création d'un droit à l'aide à mourir
En savoir +
LEBANON-ISRAEL-US-HEZBOLLAH-PROTEST
Les Etats-Unis frappent plusieurs cibles en Iran
En savoir +
SAFRICA-POLITICS-UNREST-MIGRATION
Afrique du Sud : à l'approche du 30 juin, des migrants se pressent de quitter le pays
En savoir +
BASKET-WC-U17-2026-FRA-USA
Basket: Tony Parker va lancer sa carrière d'entraîneur à l'Asvel, avec un effectif renforcé
En savoir +
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x