Le président guinéen Mamadi Doumbouya a annoncé vendredi l’interdiction de l’exportation de l’or brut produit dans les mines du pays et l’obligation de raffiner la production aurifère sur le territoire, estimant que le « peuple de Guinée mérite de voir sa richesse participer à son développement ».
La Guinée est un des principaux producteurs d’or sur le continent avec notamment le Ghana, le Mali, l’Afrique du Sud et le Burkina Faso, selon le World Gold Council.
« Lorsque nous avons pris nos responsabilités à la tête de ce pays, avec mes frères d’armes, nous avons pris un engagement solennel devant le peuple de Guinée: celui de mettre fin au paradoxe qui veut qu’un pays immensément riche continue de voir sa population vivre dans la pauvreté malgré l’abondance de ses ressources naturelles », a déclaré le général Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en septembre 2021 et élu à la tête du pays lors d’une présidentielle sans opposant d’envergure en décembre dernier.
« Chaque jour, notre or quitte le sous-sol guinéen à l’état brut. Il est transporté vers des raffineries étrangères où il est transformé, certifié et valorisé. Pendant ce temps, la Guinée ne perçoit qu’une partie infime de la richesse créée. D’autres captent la valeur ajoutée, d’autres créent les emplois et développent leurs économies grâce à nos ressources. Cette situation ne peut plus durer », a poursuivi M. Doumbouya.
Il a annoncé que « l’exportation de l’or brut sera formellement et définitivement interdite », soulignant que « tout opérateur qui violera cette orientation stratégique s’exposera à des sanctions sévères ».
Le président a également annoncé l’entrée en service prochaine d’une raffinerie, Nimba Gold Refinery (NGR), présentée comme un ambitieux projet industriel du secteur aurifère en Afrique.
« La Guinée ne se contentera plus d’être un simple fournisseur de matières premières destinées aux usines du reste du monde (…) L’or guinéen sera fondu en Guinée, certifié en Guinée et valorisé en Guinée avant son exportation vers les marchés internationaux », a-t-il dit.
La Guinée compte actuellement plusieurs sociétés impliquées dans l’exploitation industrielle de l’or, dont plusieurs compagnies étrangères. La principale est la compagnie sud-africaine AngloGold Ashanti, à travers la Société Aurifère de Guinée (SAG), qui exploite la grande mine d’or de Siguiri en Haute-Guinée.
Plusieurs compagnies canadiennes travaillent également en Guinée. « Je ne suis pas contre l’investissement étranger. La Guinée a besoin de partenaires sérieux, engagés et respectueux de ses intérêts stratégiques », a déclaré le président guinéen.
Mais la Guinée est « en train de changer profondément », a-t-il estimé. L’or est également exploité de façon artisanale dans plusieurs préfectures de ce pays d’Afrique de l’Ouest doté d’un riche sous-sol.
La Guinée possède ainsi des gisements d’or, de fer, de diamants et d’uranium. Elle est aussi considérée comme l’un des premiers producteurs mondiaux de bauxite, utilisé pour la production de l’aluminium.
Mais les retombées de l’exploitation de ces gisements sont notoirement inéquitables, profitant peu à la population. Les experts ont jusqu’à présent invoqué l’insuffisance des investissements dans le développement d’un tissu économique local, le manque d’infrastructures primordiales comme les routes, une corruption réputée endémique ou les lacunes des textes en vigueur.
Cette dernière décision annoncée par Mamadi Doumbouya concernant le secteur de l’or a été prise dans un contexte de renforcement du contrôle de l’État sur les ressources naturelles du pays. Ces dernières années, les autorités ont retiré leurs permis d’exploitation à des dizaines de sociétés minières étrangères et locales dans le pays.
AFP
