Guerre en Iran : des victoires tactiques pour Washington, un succès stratégique pour Téhéran

En déclenchant la guerre le 28 février, Donald Trump voulait que l’Iran cesse de défier l’armée américaine et avait appelé les Iraniens au soulèvement. A l’heure d’un fragile cessez-le-feu, la République islamique est pourtant toujours debout et une partie de la population fait front autour de ses dirigeants.

En représailles aux frappes intensives sur son sol, l’armée iranienne a semé le chaos dans les pays de la région alliés de Washington.

Mardi soir, le président américain a crié victoire en annonçant la réouverture du détroit d’Ormuz. Ce passage vital pour le commerce international avait été bloqué justement en raison des frappes israélo-américaines, faisant flamber les prix du pétrole.

M. Trump a lancé la guerre aux côtés de son allié le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dont le principal objectif est d’affaiblir le pays de 90 millions d’habitants et son gouvernement est devenu son plus féroce ennemi il y a 47 ans.

Les objectifs américains étaient plus flous : Donald Trump a évoqué sa volonté de détruire les capacités balistiques de Téhéran et l’empêcher d’obtenir l’arme atomique. Même s’il avait assuré avoir « oblitéré » les sites nucléaires iraniens pendant la guerre de 12 jours en 2025.

Il avait aussi promis « son aide » au peuple iranien lors des manifestations de janvier réprimées dans le sang, puis l’avait appelé à « reprendre » le contrôle du pays. Mais mardi, avant l’annonce du cessez-le-feu, il menace de détruire « une civilisation entière » vieille de plus de 2.500 ans.

« Je pense que les Etats-Unis ont perdu les guerres de l’information et du récit en Iran, au Moyen-Orient et à l’échelle internationale, ainsi qu’aux Etats-Unis », estime Alireza Nader, expert de l’Iran basé à Washington.

Selon lui, même les critiques les plus farouches du pouvoir clérical en Iran ont salué les Gardiens de la Révolution, son armée idéologique, en réaction aux frappes qui ont visé les infrastructures civiles : écoles, universités, ponts, usines.

 

– « Peu concluant » –

Negar Mortazavi, spécialiste de l’Iran au groupe de réflexion de centre-gauche Center for International Policy, abonde : « Les Etats-Unis n’ont atteint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Rien n’a changé concernant le programme nucléaire.

Pour Michael Singh, ex-conseiller pour le Moyen-Orient du président George W. Bush, les Etats-Unis ont « grandement réduit » les capacités militaires iraniennes, en détruisant le nombre de missiles et de drones, la marine et l’aviation, et en éliminant ses hauts-gradés.

« Du point de vue américain, je dirais que les Etats-Unis ont été brillants au niveau opérationnel, mais que le conflit a été stratégiquement peu concluant », explique M. Singh, désormais directeur du Washington Institute for Near East Policy.

Et contre toute attente, la démonstration de force américaine-israélienne pourrait pousser l’Iran « à se doter de l’arme nucléaire », dit-il.

 

– Pression sur Ormuz –

Téhéran et Washington doivent débuter des discussions au Pakistan samedi afin de trouver un accord sur une paix à long terme au Moyen-Orient.

L’un des enjeux majeurs sera le détroit d’Ormuz, par où transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, sans compter les marchandises et les fertilisants. Et l’Iran a montré sa capacité à exercer une pression maximale.

L’Iran a accepté un passage sécurisé du détroit sous condition pendant la trêve, ce qui a immédiatement fait dégringoler les prix du brut, tout en évoquant la mise en place d’un péage pour financer sa reconstruction.

Pendant la guerre, Washington s’est également résolu à alléger les sanctions contre le pétrole iranien pour faire dégonfler les prix de l’or noir.

Si l’Iran obtient des assurances de la part des Etats-Unis, il pourra affirmer que « l’escalade a entraîné des négociations à des termes acceptables », explique Ali Vaez, qui dirige le Projet Iran de l’International Crisis Group.

« L’équilibre sous-jacent n’a pas fondamentalement changé : l’Iran a toujours son uranium enrichi tandis qu’il importe plus à Washington, pour l’instant, de mettre fin aux perturbations plus larges – en particulier dans le détroit d’Ormuz – que de suivre la voie privilégiée par Israël », dit M. Vaez.

« Cela met en évidence à la fois la volonté de M. Trump d’avoir un accord et les limites de la stratégie poursuivie jusqu’à présent », conclut-il.

AFP

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