Une peine de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis probatoire, a été requise mercredi contre l’ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, jugé à Nanterre pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
Au centre de ce procès figuraient les liens unissant l’ancien baron francilien et Renaud Guillot-Corail, son ex-directeur du développement économique, décédé en 2020. La justice lui reprochait d’avoir utilisé une association subventionnée par la ville, le Codeeil, pour assurer un complément de revenus à ce collaborateur après son départ à la retraite en 2012.
– « Un règne, une omerta » –
L’accusation a méthodiquement démonté le fonctionnement de cette « association transparente », conçue selon elle pour s’affranchir des règles de la fonction publique. L’édile, qui avait régné « sans partage » sur sa commune pendant plus de 30 ans, avait usé de son « autorité naturelle » pour imposer « un règne, une omerta » et un fonctionnement « clanique », a souligné la magistrate.
Ce montage avait permis à Renaud Guillot-Corail de cumuler sa retraite avec un salaire net dépassant « 11.000 euros par mois ». Il louait aussi une « maison de ville de 140 mètres carrés à Levallois » pour un loyer « minime » de « 1.400 euros ». Financée par 855.000 euros de subventions municipales, l’association avait pris en charge de luxueux voyages en première classe vers Miami, Pointe-à-Pitre ou Saint-Domingue.
Dénonçant une structure qui « ose tout avec l’argent des Levalloisiens », la représentante du ministère public, Nathalie Foy, a lancé: « On a bien vécu aux frais du contribuable ». Elle s’est attardée sur des vols vers « Cuba, pour les amateurs de havane ». « Cuba la communiste, ce n’est pas le lieu de développement économique idéal pour Levallois », a-t-elle ironisé.
L’accusation n’avait trouvé aucune « production intellectuelle » du bénéficiaire. « L’argent public c’est sacré », a souligné la procureure, précisant que les associations d’aide sociale ne reçoivent que « 300 euros pour les femmes, 1.000 pour les Restos du cœur ». L’actuelle maire, Agnès Pottier-Dumas, ancienne directrice de cabinet du prévenu, a également constitué la commune partie civile.
– « Mauvais procès » –
Les débats ont été marqués par de vives tensions. Dénonçant « un mélange des genres », la présidente du tribunal, Nathalie Ballerini, avait fermement interrogé Patrick Balkany sur les nombreux messages attestant de leur « grande amitié ».
Fustigeant un « mauvais procès », l’ancien élu avait menacé de s’asseoir et de ne plus répondre. « Vous ne me parlez pas comme à votre secrétaire », l’a alors sèchement recadré la magistrate. « Vous avez bien fait de ne pas faire de la politique madame la présidente, vos questions dépassent les bornes », a explosé en retour Patrick Balkany. « Je ne relève pas l’outrage M. Balkany », a répondu la juge, l’invitant à s’exprimer « avec un autre ton, plus calme ».
« Je risque la crise cardiaque, justement parlons calmement », avait fini par céder l’ex-élu. Il a alors raconté le traumatisme de ses précédentes incarcérations, disant avoir été traité « comme un terroriste », frôlant la mort: « Si vous étiez resté 24H00 de plus vous seriez sorti dans le sac noir », lui aurait confié un chirurgien à l’hôpital Beaujon.
Plaidant la relaxe, son avocat Robin Binsard a rejeté toute « présomption de culpabilité » et fustigé la « sévérité » des réquisitions. Demandant à la cour de ne pas juger « le baron des Hauts-de-Seine, juste l’homme », il a martelé qu' »il n’existe aucune certitude dans ce dossier ». Invité à conclure, Patrick Balkany s’est dit « très serein ». « La justice, elle se trompe parfois, j’espère qu’elle reconnaîtra cette fois ma bonne foi », a-t-il déclaré.
La décision a été mise en délibéré au 28 mai. Le procès doit reprendre jeudi matin pour l’examen d’une seconde affaire, portant sur l’utilisation illégale de policiers comme chauffeurs privés. Le prévenu a refusé de siéger mercredi après-midi pour aborder ce volet, affirmant avoir achevé l’audience de la veille avec « 22 de tension ».
AFP
