Halima Ben Ali, présente, s’est refusée à toute déclaration, quittant la cour d’appel dans un sourire.
Lors des débats sur la demande d’extradition, qui se sont étalés sur plusieurs mois, Me Maktouf avait assuré que renvoyer sa cliente en Tunisie reviendrait à « une condamnation à mort ».
La chambre de l’instruction a justifié sa décision, entre autres, par l’absence de réponse de la Tunisie aux demandes de la justice française en termes d’indépendance et d’impartialité des autorités tunisiennes.
La justice française constate aussi une absence de réponse à ses demandes à la Tunisie concernant les conditions de détention qui auraient été réservées à Halima Ben Ali et aux recours à sa disposition en cas de mauvais traitements.
La cour d’appel a également levé le contrôle judiciaire de Halima Ben Ali, désormais libre de ses mouvements.
– « Jusqu’à 20 ans d’emprisonnement » –
Les infractions financières imputées par la Tunisie pouvaient lui valoir jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Il était notamment question de blanchiment de capitaux provenant des fonds liés à l’exercice du pouvoir de son père.
Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères ont déploré une régression des droits et libertés depuis 2021.
Affaire politique ou de droit commun? Cette question a agité la chambre de l’instruction à la fin 2025 et donné lieu parfois à des échanges savoureux entre président de cette instance et avocat général.
« Nous devons demander aux autorités tunisiennes si cette affaire ne relève que du droit commun, pour être sûr qu’il n’y ait pas de politisation des poursuites contre Halima Ben Ali », avançait ainsi l’avocat général le 26 novembre.
« Voilà qui me fait sourire, je parlerais même d’une certaine fraîcheur. Si la Tunisie nous dit que ce n’est pas politique, quelles conclusions tirerez-vous d’une telle réponse? », avait alors rétorqué le président.
« Nous devons demander des garanties que la Tunisie exclue toute politisation des poursuites », renchérissait alors la voix du ministère public.
L’avocat général avait donc réclamé des compléments d’information à adresser aux autorités tunisiennes, aussi sur la prescription de certains faits reprochés à Halima Ben Ali, aujourd’hui dans sa trentaine. Des pièces qui font donc défaut, selon le délibéré de la cour d’appel mercredi.
– « Se venger de son père » –
« Ma cliente n’a jamais commis de crime ou de délit et a quitté la Tunisie alors qu’elle était encore mineure », à 17 ans, avait lancé son avocate au moment de l’interpellation de sa cliente fin septembre à Paris à la demande des autorités tunisiennes. « On cherche à se venger de l’ancien chef d’Etat, son père, à travers elle », insistait encore sa représentante.
Halima Ben Ali, qui vivait et travaillait à Dubaï, allait prendre l’avion pour rentrer chez elle après un séjour parisien lorsqu’elle avait été interpellée dans un aéroport parisien.
Le 14 janvier 2011, Zine El Abidine Ben Ali avait fui son pays après 23 ans au pouvoir, à l’issue d’une révolte populaire déclenchée par l’immolation en décembre 2010 d’un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre-ouest), excédé par la pauvreté et les humiliations policières.
Il était parti accompagné de sa seconde épouse, Leila Trabelsi, l’une des personnalités les plus honnies de Tunisie, leur fille Halima et leur fils Mohamed Zine El Abidine. L’ancien autocrate, décédé en 2019, aura passé les huit dernières années de sa vie en exil en Arabie saoudite.
AFP