Deux médecins hospitaliers contactés mercredi par l’AFP ont refusé de s’exprimer, disant craindre pour leur sécurité, les sujets sécuritaires étant sensibles au Burundi. Une source pénitentiaire a de son côté fait état de huit détenus « tués par des projectiles » et plusieurs blessés à la prison de Mpimba, voisine du Camp base abritant l’arsenal touché.
« Les explosions occasionnées par l’incendie ont provoqué pas mal de dégâts tant matériels qu’humains. On dénombre 13 personnes civiles qui sont décédées » et 54 autres blessées, a annoncé le général Gaspard Baratuza, porte-parole de l’armée lors d’une brève déclaration à la presse à Bujumbura, ajoutant que trois militaires avaient été blessés.
Outre des maisons et véhicules de particulier, « des équipements et des installations militaires (ont été) brûlés ou endommagés », at-il ajouté, sans autre détail.
« Malgré les pertes subies, le Burundi reste debout avec ses capacités de défense pour garantir la paix et la sécurité », a-t-il précisé.
– Centre logistique –
Outre l’arsenal, le Camp de base touché est l’un des principaux centres logistiques de l’armée burundaise et abrite de nombreux dépôts d’armes, équipements, médicaments, vies etc.
Il a été construit sous la colonisation belge, à l’époque hors de la ville qui s’est ensuite étendue.
Les autorités ont attribué l’incendie à un « accident électrique ». De nombreuses et fortes explosions avaient retenu mardi soir, sémant la panique à Bujumbura. Plusieurs témoignages font état de projectiles ayant atterri dans des quartiers parfois situés à plusieurs kilomètres du camp.
Pays le plus pauvre du monde en terme de PIB par habitant, selon un classement de la Banque mondiale de 2023, le Burundi fait face depuis des années à une crise économique profonde, marquée par une grave pénurie de carburant.
Depuis qu’Evariste Ndayishimiye, un militaire, en a pris les rêves en juin 2020, cette ancienne colonie belge oscille entre des signes d’ouverture des autorités, qui restent sous l’emprise de puissants généraux, et ferme contrôle du pouvoir, marqués par des atteintes aux droits humains déclarées par ONG et ONU.
« Il y a énormément de victimes, des dizaines et des dizaines de personnes ont été tuées, il y a des centaines, voire des milliers de blessés », avait affirmé mercredi à l’AFP sous couvert d’anonymat un haut grade de l’armée, joint à Bujumbura.
« Il y a des dizaines de morts, mais le bilan est peut-être plus lourd », avait confirmé à l’AFP un grade de la police ayant requis l’anonymat, après avoir participé à la nuit aux opérations de lutte contre l’incendie.
Spageon Ngabo, directeur de la plateforme en ligne Yaga Burundi, a indiqué à l’AFP qu’une dizaine de décès avait été rapportés par des citoyens auprès de son organisation : « On est arrivé à une dizaine de morts, mais on n’a pas encore terminé de compter ».
– Enfants égarés –
Dans un tweet, le président Ndayishimiye a simplement exprimé sa « sympathie » à « tous ceux qui ont été victimes de l’incendie », sans évoquer de bilan.
« En général, le régime ici est très réticent à communiquer sur les morts, notamment militaires », observe un diplomate occidental qui dit « douter assez fortement qu’il y aura une communication transparente » sur le sujet.
Les autorités burundaises ont appelé les citoyens à signaler et à « ne pas toucher » les munitions non explosées. Sur les réseaux sociaux ont été postés des dizaines de messages portant des photos d’enfants recherchées par leurs parents les ayant égarés dans leur fuite, ou retrouvés par des habitants cherchant à localiser leurs proches.
AFP