En 2024, il a été l’une des prises du Rassemblement national (RN), en rejoignant le parti d’extrême droite comme numéro 3 de sa liste pour les élections européennes.
A la tête de Frontex, il a été régulièrement accusé par les ONG de tolérer les refoulements illégaux de migrants, s’imposant comme un défenseur de l’imperméabilité des frontières européennes.
La LDH l’accuse d’avoir « encouragé » ses agents à faciliter les interceptions d’embarquements de migrants par les autorités libyennes et grecques, d’après sa plainte pour complicité de crimes contre l’humanité et de torture, déposée en 2024 et dont l’AFP avait eu connaissance.
Elle lui reproche d’avoir « fait le choix d’une politique visant à faire obstacle, quel qu’en soit le prix – en vies humaines notamment – à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE ».
Après un parcours procédural de deux ans, cette plainte a abouti à l’ouverture d’enquêtes sur décision le 18 mars de la cour d’appel de Paris, a indiqué mardi une source judiciaire à l’AFP. La chambre de l’instruction a dit « y avoir lieu à informer sur les faits tels qu’ils résultent de la plainte avec constitution de partie civile de la LDH », a poursuivi cette source.
– « Hécatombe » –
« M. Leggeri n’était pas informé de ces développements et n’a donc pas de commentaire à faire à ce stade », a réagi auprès de l’AFP son entourage.
« Pour la première fois, un ou des juges d’instruction français vont examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment », s’est de son côté félicité l’avocat de la LDH, Emmanuel Daoud.
Me Daoud a déclaré une « chasse aux migrants et aux exilés organisée et coordonnée par Frontex sous l’impulsion de M. Leggeri », avec « des ressources financières et techniques très importantes ».
M. Leggeri « a soutenu les gardes-côtes libyens alliés parfois à des organisations criminelles, ou en dissimulant des actions répréhensibles des garde-côtes ou des forces de police grecques », a-t-il affirmé.
Quelque 82.000 migrants sont décédés ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée (34.000), route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).
Un nombre sous-estimé, d’après la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), qui dans un récent rapport a pointé les « violations graves » subies par les personnes migrantes « détenues arbitrairement dans des centres de détention officiels et non officiels » en Libye.
Les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont été progressivement remplacés par des moyens aériens, pour détecter plus tôt les embarcations et faire intervenir les garde-côtes libyens plutôt que les garde-côtes italiens ou maltais, dénoncent des ONG.
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) avait estimé que le pôle crimes contre l’humanité était incompétent pour instruire cette plainte. Les « mesures de refoulement reprochées aux autorités grecques ne constituant pas selon notre analyse des crimes contre l’humanité ou des actes de torture au sens de la convention de New York », avait expliqué le Pnat en août 2024.
Par ailleurs, les « actes de torture qui ont pu être commis en Libye n’apparaissent pas pouvoir être imputés à M. Leggeri ou à un autre ressortissant français », avait considéré le Pnat.
Un juge d’instruction avait également décrété irrecevable la plainte, « pour des motifs juridiques », d’après le Pnat.
Toutefois, la semaine dernière, la chambre de l’instruction a eu une autre lecture de la plainte de la LDH.
Ce qui a fait bondir Marine Le Pen, la cheffe des députés RN. « Les Français qui subissent les conséquences dramatiques de la submersion migratoire ne seront pas dupes de la grossière manœuvre d’une organisation d’extrême-gauche », at-elle réagi sur le réseau social X. « Défendre les frontières de l’Europe face à l’immigration de masse n’est pas un crime », mais « une nécessité absolue », a abondé le président du RN, Jordan Bardella.
AFP
