Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont écarté lundi toute mission de l’Otan pour rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, en réponse à l’appel de Donald Trump, qui a demandé à l’aide de ses alliés et de la Chine pour débloquer cette voie stratégique.
Le président américain a réagi en reprochant à certains pays de ne « pas vouloir s’impliquer » dans la sécurisation de ce détroit, axe majeur pour le transport notamment d’hydrocarbures, dont le blocage a fait flamber les prix du brut.
Il a estimé, à propos des pays de l’Otan, qu’ils « devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années ».
Un peu plus tôt, le Japon et l’Australie, alliés historiques des Etats-Unis dans la région indo-pacifique, ont exclu tout envoi de moyens dans ce détroit.
De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré lors d’une conférence de presse que le Royaume-Uni travaillait avec ses alliés sur un « plan collectif viable permettant de rétablir la liberté de navigation dans la région le plus rapidement possible ».
Ce plan « ne sera pas et n’a jamais été envisagé comme une mission de l’Otan », a-t-il insisté.
Même tonalité en Allemagne où le chancelier Friedrich Merz a souligné que la guerre au Moyen-Orient « n’est pas une affaire de l’Otan ». Il a en outre, réaffirmé la position de son pays, à savoir que « nous ne participons pas à cette guerre ».
Les ministres des Affaires étrangères lituaniennes et polonaises, historiquement atlantistes, ont eux estimé que les pays de l’Otan devraient « étudier » une demande américaine de contribution si elle était soumise à l’Alliance.
Mais « le président (Karol) Nawrocki a déjà écarté toute participation des forces armées polonaises », a rappelé le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski.
Un responsable de l’Otan a indiqué à l’AFP « savoir que certains alliés discutent individuellement avec les Etats-Unis et d’autres pays » de mesures supplémentaires, en plus que l’Alliance atlantique avait déjà « renforcé » son engagement en Méditerranée, où ses forces ont intercepté trois missiles tirés d’Iran entrés dans l’espace aérien turc.
– La mission Aspides écartée –
Réunis à Bruxelles, les chefs de la diplomatie de l’UE ont également écarté l’idée d’envoyer dans le détroit d’Ormuz la mission européenne de protection du trafic maritime, Aspides.
Personne ne veut participer activement à cette guerre », a déclaré la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, à l’issue de cette réunion. Et, « pour l’instant, il n’y a pas de volonté de modifier le mandat de l’opération Aspides », a-t-elle ajouté.
Cette mission, conçue à l’origine pour protéger les navires marchands des attaques des rebelles houtis, alliés de l’Iran, est actuellement déployée en mer Rouge.
La France avait évoqué le 9 mars une mission internationale « purement défensive » pour rouvrir le détroit, sans préciser si elle devait se faire dans le cadre de l’opération Aspides, qui comprend trois navires militaires en patrouille : un grec, un français et un italien.
Mais plusieurs ministres européens, notamment espagnols ou allemands, ont exprimé lundi leurs réticences à étendre le champ d’opération de cette mission.
« Nous pensons que le mandat actuel d’Aspides est correct et qu’il ne nécessite aucune modification », a ainsi souligné le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares, avant même le début de la réunion.
Keir Starmer a également déclaré lundi que le Royaume-Uni « ne se laissera pas entraîner dans une guerre plus vaste » et qu’il souhaite que le conflit s’achève « le plus vite possible ».
Depuis le début de la guerre le 28 février, Londres a autorisé les Etats-Unis à utiliser deux bases britanniques pour mener des « opérations défensives » contre l’Iran, et a envoyé des moyens aériens pour soutenir ses alliés dans la région face aux attaques de drones iraniens.
Un destroyer de la Royal Navy est également déployé en Méditerranée pour protéger notamment les bases militaires britanniques à Chypre.
AFP