La disparition d’un militaire sénégalais lors d’une opération de sécurisation à Kadialock nous rappelle, une fois encore, le prix humain de la stabilité en Casamance. Derrière chaque communiqué officiel, il y a une vie, une famille, un destin interrompu. Il y a aussi des soldats qui continuent de patrouiller, de protéger et de risquer leur vie pour que les populations vivent en paix.
Depuis plusieurs décennies, la Casamance est à la fois une terre de beauté et une terre blessée. Région riche de ses cultures, de ses terres fertiles et de sa diversité humaine, elle a aussi été marquée par un conflit de basse intensité qui a fragilisé les communautés, ralenti le développement et nourri des réseaux parallèles de trafics et d’insécurité.
Aujourd’hui, la réalité du terrain est complexe. Le conflit historique s’est transformé. À côté des revendications politiques qui ont marqué les premières années de la crise, se sont développées des dynamiques criminelles : trafic de bois, de drogue, d’armes ou d’autres ressources illicites. Ces activités entretiennent des groupes armés et fragilisent les efforts de stabilisation.
Dans ce contexte, l’action des forces de défense et de sécurité reste essentielle. Leur présence vise à protéger les populations, à sécuriser les frontières et à démanteler les réseaux criminels. Mais la sécurité militaire, à elle seule, ne peut suffire à construire une paix durable.
La véritable paix en Casamance repose sur trois piliers indissociables.
La sécurité, d’abord, qui protège les populations et empêche la reconstitution des groupes armés et des trafics. Sans sécurité, aucun développement durable n’est possible.
La justice et la réconciliation, ensuite. Les blessures de l’histoire ne disparaissent pas par le silence. Elles doivent être reconnues, apaisées et dépassées par un travail patient de dialogue, de réparation et de confiance.
Le développement, enfin. Routes, écoles, agriculture, emplois pour les jeunes : lorsque les populations voient concrètement les fruits de la paix, elles deviennent les premières gardiennes de la stabilité.
La Casamance n’a pas vocation à rester une périphérie fragile. Elle peut devenir un pont entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau, un espace d’échanges économiques, culturels et humains.
Mais cela exige une vision collective : l’État, les collectivités locales, les chefs traditionnels, les organisations de la société civile, la diaspora et les partenaires internationaux doivent avancer ensemble.
Chaque soldat tombé rappelle l’urgence de cette mission. Leur sacrifice ne doit pas seulement être honoré par des mots, mais par un engagement renouvelé pour que la Casamance tourne définitivement la page de la violence.
La paix n’est pas seulement l’absence d’armes. Elle est la présence de justice, de dignité et d’espérance. Et c’est cette paix-là que la Casamance mérite.
Par *Amadou SYLLA-* Delegué General de l’association SOS Casamance- Paris