Soudan du Sud : le chef des droits humains de l’ONU réclame une « action urgente » pour éviter la guerre civile

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a appelé vendredi à une « action urgente » au Soudan du Sud, menacé selon lui par une « guerre civile généralisée ».

« Une action urgente est nécessaire pour préserver l’accord de paix et prévenir la fragmentation du pays et les cycles de représailles qui pourraient annoncer une reprise de la guerre civile généralisée », a déclaré le Haut-Commissaire Volker Türk devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève (Suisse).

Le Soudan du Sud, plus jeune État du monde, est en proie à la guerre, à la pauvreté et à une corruption massive depuis son indépendance en 2011.

Mais les violences se sont intensifiées ces dernières semaines entre l’armée loyale au président Salva Kiir et des milices soutenant son rival de longue date Riek Machar, placé depuis de longs mois en résidence surveillée.

En janvier, le Haut-Commissariat « a recensé 189 civils tués et de nombreux blessés, les violations des droits humains ayant augmenté de 45% par rapport à décembre », a assuré M. Türk.

Il s’est notamment dit « horrifié » par un massacre de civils commis samedi par les forces gouvernementales et une milice alliée dans le comté d’Ayod, un des foyers des combats dans le nord de l’Etat de Jonglei.

« Des témoins ont rapporté à mes collègues que les soldats avaient ordonné aux habitants de se rassembler avant d’ouvrir le feu sur la foule, tuant 21 civils non armés, dont des femmes et des enfants », a rapporté M. Türk.

« La discipline militaire semble s’être effondrée » dans les deux camps en conflit, les troupes faisant preuve d’un « mépris quasi total pour la protection des civils », at-il fustigé.

Selon lui, son équipe a recensé plus de 5.100 personnes tuées et blessées dans le conflit en 2025, soit une augmentation de 40% par rapport à 2024.

Dénonçant des violences sexuelles endémiques, il a déclaré que les Nations unies avaient constaté « une augmentation inquiétante, atteignant 550 civils enlevés par les forces d’opposition et leurs alliés en 2025 ».

Il s’est dit particulièrement préoccupé par les discours de haine et les incitations à la violence visant des communautés et des groupes ethniques entiers.

« Dans un enregistrement audio authentifié par la mission de l’ONU, un haut grade militaire a exhorté ses troupes à ne faire aucun cadeau et à détruire les habitations, le bétail et les biens des civils », a-t-il ajouté.

« Les discours de haine et l’incitation à la violence peuvent constituer des crimes internationaux. Dans le contexte d’un conflit armé, ces risques sont particulièrement aigus. Les auteurs de tels crimes peuvent être poursuivis en vertu du droit international », at-il prévenu.

Il a expliqué que le Soudan du Sud était « extrêmement dangereux » pour les travailleurs humanitaires. « On a dénombré 350 attaques contre le personnel et les installations en 2025, soit une augmentation de plus d’un tiers par rapport à l’année précédente », at-il alerté.

« Le suivi des droits humains constitue un système d’alerte. Ce système est au rouge pour le Soudan du Sud », a jugé M. Türk.

Parallèlement, la directrice adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence des Nations Unies, en visite au Soudan du Sud, a appelé à un dialogue urgent pour arrêter la dégradation de la situation.

« Il s’agit avant tout d’une crise politique aux graves conséquences humanitaires », a analysé Ugochi Daniels. « Sans progrès sur le plan politique, les besoins humanitaires ne feront que s’accroître ».

Plus de 250.000 personnes ont été déplacées au cours des deux derniers mois, un phénomène « passé quasiment inaperçu » dans le reste du monde, a déploré Mme Daniels.

Selon elle, « les pressions s’intensifient » car cette nouvelle crise s’ajoute à des décennies de déplacements prolongés de populations, exacerbées par des chocs climatiques – au moment même où la capacité d’intervention de l’ONU s’amenuise en raison des coupes budgétaires.

« Sans sécurité, sans services fiables et sans investissements soutenus dans les infrastructures et la reconstruction, le Soudan du Sud risque de s’enliser dans des cycles de déplacements et de dépendance prolongées », a-t-elle souligné

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