Le président de l’ONG Horizons sans frontières, Boubacar Sèye, appelle les Etats africains à adopter une approche holistique de la question migratoire, en allant vers une “vision commune” en vue d’éviter la dispersion des voix et le silence qui affaiblissent le continent sur la scène internationale concernant les grands enjeux du monde dont la migration.
“Nous avions proposé une harmonisation des postures en Afrique. Ne serait-ce que pour un parallélisme des formes”, a-t-il souligné lors d’un entretien avec l’APS, déplorant le fait qu’aucune conférence africaine ne s’est jusque-là tenue sur la question de la migration.
Rappelant le contexte géopolitique actuel, Boubacar Sèye fait constater qu’”aujourd’hui, pour gagner des élections en Occident, certains partis politiques préfèrent surfer sur l’islam et la migration, mis au banc des accusés par une laïcité juridico-politique”.
“Maintenant, nous, qu’est-ce qu’on fait pour une prise en charge de cette jeunesse en quête d’un avenir plus digne”, s’est-il interrogé, en appelant les dirigeants africains à une “prise de conscience lucide des enjeux géopolitiques, géoéconomiques et écostratégiques”.
Selon lui, une position africaine commune pouvait aider le continent à “réagir fermement” à la décision du président américain, Donald Trump, de mettre en place, en perspective de la prochaine Coupe du monde, des mesures politiques de restriction pour l’entrée des citoyens africains sur le territoire américain. “L’Afrique devrait pouvoir réagir ou même demander un réel sommet sur l’attribution de l’organisation du mondial à Donald Trump. Il faut protester, mais personne ne proteste”, déplore Boubacar Sèye.
“Au Sénégal, nous avions demandé des assises des migrations internationales pour discuter du fléau. Nous avons même demandé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire”, a-t-il rappelé, soulignant que cette commission sera exclusivement dédiée à la gestion de ces flux migratoires clandestins pour des solutions intégrées.
De son point de vue, le “Sénégal pourrait prendre ce leadership pour voir comment faire avancer la grille de réflexion sur ce que devrait être la prise en charge des flux migratoires dans un monde mondialisé”.
En l’absence de réponse africaine commune, le continent “fait le jeu de l’Europe”, à travers des trouvailles, dit-il, comme “l’immigration circulaire”. “Quand l’Europe a besoin d’aide, alors on cherche la main-d’œuvre africaine. Et nous, on se rue. On est prêt à partir en Europe”, a-t-il déploré.
Pour le président de Horizons sans frontières, laisser la jeunesse africaine “aller vers l’immigration circulaire, c’est les exposer à la précarité et à la vulnérabilité’’. “Avec une jeunesse qui devient un fardeau pour les pouvoirs publics en Afrique, l’immigration est devenue une soupape de sûreté pour régler l’hémorragie économique. C’est-à-dire que quand des fonds rentrent, on se signale, mais sinon, après, personne ne parle”, a-t-il martelé.
