Le président de la Fifa, Gianni Infantino, a plaidé pour la première fois pour la levée de la suspension de la Russie et de ses clubs dans les compétitions internationales, estimant qu’elle a engendré « davantage de frustration et de haine », une position jugée « irresponsable » par l’Ukraine.
Selon Gianni Infantino, « cette exclusion n’a rien apporté, elle n’a fait qu’engendrer davantage de frustration et de haine », ajoutant que « le fait que les filles et les garçons russes puissent jouer au football dans d’autres régions d’Europe serait une bonne chose ». Cette prise de position intervient alors que le Comité international olympique vient récemment de recommander aux fédérations sportives d’autoriser les équipes russes à participer aux épreuves juniors – non professionnelles. Infantino est allé même plus loin en affirmant que la Fifa devrait envisager de modifier ses règles afin qu’aucun pays ne puisse être à l’avenir suspendu de ses tournois.
– Infantino contre les boycotts –
« Nous ne devrions en réalité jamais interdire à un pays de jouer au football, en raison des actes de ses dirigeants politiques. Je suis contre les interdictions, je suis également contre les boycotts. Je pense qu’ils n’apportent rien. Ils ne font que contribuer à davantage de haine », a-t-il lancé.
Et de faire ensuite un parallèle avec les relations commerciales entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis: « Est-ce que quelqu’un demande que le Royaume-Uni cesse de commercer avec les Etats-Unis? Je n’ai rien entendu de tel. Donc pourquoi le football? ». La sortie de Gianni Infantino a été logiquement très bien accueillie côté russe, le Kremlin saluant ces déclarations, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov. « Cela fait vraiment longtemps qu’on aurait dû y penser. »
Tout le contraire de l’Ukraine, qui s’est insurgée contre les propos du président de la Fifa. Le ministre des Sports Matvii Bydnyi les a dénoncés sur Facebook, les qualifiant d' »irresponsables, voire +infantiles+ ». « Tant que les Russes continuent de tuer les Ukrainiens et de politiser le sport, leur drapeau et symboles nationaux n’ont pas de place parmi les gens qui respectent les valeurs comme la justice, l’honnêteté et le fair-play », a-t-il souligné. « 679 filles et garçons ukrainiens ne pourront jamais jouer au foot – la Russie les a tués », a affirmé pour sa part sur X le chef de la diplomatie ukrainienne Andriy Sybiga.
– Une réintégration délicate –
La réintégration éventuelle des équipes russes s’annonce néanmoins délicate car leur exclusion n’avait pas été décidée par la seule Fifa mais conjointement avec la Confédération européenne (UEFA) pour « afficher la totale unité » du football après l’invasion russe de l’Ukraine. Rarissime, cette annonce commune des deux instances permettait une cohérence entre les compétitions relevant de l’une ou l’autre, l’enjeu étant alors les qualifications pour le Mondial-2022 au Qatar.
Or dans l’intervalle, l’UEFA a clairement lié le retour des Russes à la fin du conflit en Ukraine. « Pour nous, il est assez clair que la guerre doit prendre fin », avait dit son président Aleksander Ceferin en septembre 2025 au magazine Politico, tout en n’étant à titre personnel « pas un partisan de l’exclusion des athlètes ».
L’UEFA avait tenté en 2023 de ramener les sélections russes des moins de 17 ans dans ses compétitions, estimant que les adolescents devaient être traités différemment, mais avait dû y renoncer. « Cela a été une telle hystérie politique, une telle pression sur certains membres du comité exécutif », racontait alors Ceferin.
Infantino a également longtemps été sur cette ligne, comme il l’avait clairement énoncé en mai 2025 aux côtés du président américain Donald Trump au cours d’une réunion de la Task Force du Mondial. « Ils sont temporairement interdits de compétition, mais nous espérons que la situation évoluera favorablement et que la paix reviendra afin que la Russie puisse être réintégrée », avait-il lâché. « C’est possible. Tiens, ça pourrait être une bonne motivation », avait rétorqué le locataire de la Maison Blanche.
AFP
