Lettre ouverte au Président de la FIFA, Gianni Infantino

Monsieur le Président,
Toute indignation qui ne s’exerce que dans une seule direction finit par ressembler à un règlement de comptes, jamais à une exigence de justice. C’est précisément ce que la post-colonie africaine refuse désormais.

J’ai pris connaissance de vos déclarations publiques, formulées avec la solennité institutionnelle qui accompagne les grandes fonctions du football mondial. J’ai également observé, comme des millions de téléspectateurs à travers le monde, votre réaction émotionnelle lors d’un moment décisif de la finale CAF 2025.

À cet instant, une question s’est imposée : votre présence relevait-elle exclusivement du rôle de garant de la neutralité sportive, ou trahissait-elle une implication plus personnelle, incompatible avec l’exigence d’impartialité absolue qu’impose votre fonction ?

Vous avez condamné avec fermeté ce que vous avez qualifié d’« acte inacceptable ». Vous avez invoqué les Lois du Jeu, le respect de l’arbitrage et l’autorité des institutions. Ce discours est connu. Il rassure les structures établies. Il apaise les cercles de pouvoir. Mais il élude l’essentiel.

Vous avez dénoncé un geste sans interroger ce qui l’a provoqué. Or, c’est précisément dans ce refus d’interroger les causes que s’enracine le malaise profond du football africain.

L’Afrique connaît ce type de discours : ferme dans la forme, unilatéral dans le fond. On y exige le respect des règles, sans jamais interroger leur application. On y invoque l’ordre, sans jamais garantir l’égalité. On y rappelle l’obéissance, sans jamais assurer la justice.

Respecter l’arbitre, dites-vous. Encore faut-il que l’arbitrage inspire le respect. Ce que le monde a observé ce soir-là n’était ni une équipe incontrôlée, ni une contestation gratuite. C’était une sélection africaine championne en titre, disciplinée et expérimentée, confrontée à une série de décisions opaques, non expliquées, non contextualisées, malgré les outils technologiques censés garantir la transparence.

La post-colonie n’est plus celle qui accepte sans comprendre. Elle est celle qui exige des réponses. Et lorsque ces réponses se dérobent, elle se lève.

Quitter un terrain sans violence, sans destruction, sans insultes, constitue-t-il réellement la plus grave atteinte à l’intégrité du football mondial ? Pendant ce temps, des supporters africains surtout les sénégalais étaient agressés sous l’œil des caméras, sans susciter la moindre indignation institutionnelle comparable. Cette asymétrie n’est pas perçue comme un détail : elle est vécue comme un double standard.

Lorsque des équipes européennes protestent, on invoque la pression émotionnelle. Lorsque des équipes africaines le font, on parle d’inacceptabilité. Le problème n’est donc pas la règle, mais son application sélective.

Le football n’est pas uniquement un règlement : c’est un pacte moral. Ce pacte se fissure lorsque la VAR devient intermittente, lorsque la pédagogie arbitrale disparaît précisément dans les moments décisifs pour les nations africaines, et lorsque les mécanismes de contrôle cessent d’être universels.

Les acteurs africains ne contestent pas les résultats sportifs. Ils contestent l’opacité. Ils dénoncent un système dans lequel les zones grises se répètent, se normalisent et finissent par s’institutionnaliser.

L’Afrique sait ce que signifie obéir à des règles qu’elle n’a pas écrites. Elle sait ce que signifie être appelée au calme pendant que les normes se redéfinissent ailleurs, à huis clos. Elle sait aussi que le silence imposé est souvent présenté comme une vertu, tandis que la parole devient une faute.

Ce qui choque aujourd’hui n’est pas tant la contestation que le fait qu’elle émane d’une Afrique qui refuse désormais de se taire.

Le monde observe, Monsieur le Président. Les supporters, les institutions sportives, les acteurs historiques du football mondial observent. Ils ne voient pas une Afrique indisciplinée. Ils voient une Afrique consciente, adulte, exigeante, qui demande que les principes universels soient réellement universels.

L’Afrique n’aspire pas à être tolérée. Elle exige d’être respectée.

Recevez, Monsieur le Président, non l’expression d’une colère, mais celle d’une vigilance ferme et assumée. L’Afrique aime le football. Elle ne supportera plus d’être sommée au silence au nom d’un ordre qui ne la protège pas.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression d’une exigence de justice et d’intégrité.

Mourad MAZAR
Président de l’OMSAC

0 0 votes
Évaluation de l'article
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Partager sur:

Articles récents

Food distribution in South Darfur
B9733592898Z.1_20230227135644_000+GL9MA6C4T
concept-conception-medias-masse_98292-7567
Science-diplomacy-996x567
20250607_235926
Mouhamad Al Amine Lo ministre chargé du suivi, de l'évaluation des projets
e5970156a00d3835755835f4b22fa4b71172dcea
Lycee-Djignabo
Découvrir

Dans la même rubrique

Food distribution in South Darfur
MSF dénonce le blocage de l'accès humanitaire au Soudan du Sud
En savoir +
B9733592898Z.1_20230227135644_000+GL9MA6C4T
Des responsables italiens jugés pour un naufrage meurtrier de migrants Rome, Italie
En savoir +
concept-conception-medias-masse_98292-7567
Media: ouverture lundi du forum d'échanges et de coopération médiatiques
En savoir +
Science-diplomacy-996x567
Le Sénégal va abriter du 2 au 04 février, le 3ème Symposium “US-Africa Frontiers Program
En savoir +
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x