Ahmed Néjib Chebbi, figure de l’opposition en Tunisie, a été arrêté jeudi après sa condamnation en appel à 12 ans de prison la semaine dernière, dernier épisode d’une campagne de répression « aveugle » selon l’organisation Amnesty International.
M. Chebbi, 81 ans, est l’un des opposants de gauche les plus célèbres du pays et milite depuis plusieurs décennies. Ancien candidat à la présidence, il est le cofondateur et président du Front du salut national (FSN), la principale coalition de l’opposition.
Il a brièvement occupé un poste de ministre après la chute de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par le soulèvement de 2011, puis a fait partie de l’Assemblée nationale constituante au début de la transition démocratique.
Sa fille, l’avocate Haïfa Chebbi, a annoncé en pleurs son arrestation à l’AFP. Depuis plusieurs jours, son domicile était surveillé par deux voitures de police et une dizaine d’agents en civil.
Dans une vidéo enregistrée peu avant son interpellation, M. Chebbi a confié: « je vais en prison à cet âge avancé avec la conscience tranquille et pure parce que je n’ai commis aucune erreur ».
Il avait comparu libre dans le cadre d’un méga-procès d’une quarantaine d’opposants pour « complot contre la sûreté de l’Etat » et « adhésion à un groupe terroriste », et avait vu vendredi dernier sa peine de 18 ans en première instance réduite à 12 ans en appel.
Son arrestation intervient quelques jours après celles de deux autres figures très connues de l’opposition: l’avocat Ayachi Hammami et la militante Chaïma Issa, condamnés respectivement à 5 ans et 20 ans de prison dans la même affaire.
La détention de MM. Chebbi et de Mme Issa « confirme l’effrayante détermination des autorités tunisiennes à étouffer l’opposition pacifique », a déclaré à l’AFP Sara Hashash, directrice régionale adjointe de l’ONG Amnesty International.
Pour Ahmed Benchemsi, porte-parole régional de Human Rights Watch (HRW), « la parenthèse de l’espoir démocratique est bel et bien refermée » en Tunisie.
Après l’arrestation de M. Chebbi, « sa dernière grande figure, quasiment toute l’opposition tunisienne est désormais en prison ou en exil. Quinze ans après la révolution, c’est comme si la dictature marquait officiellement son retour », a-t-il ajouté.