Le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, a apprécié des « discussions constructives » avec le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhane, mardi à Port-Soudan, capitale provisoire du pays déchiré par plus de deux ans de guerre.
« Je me réjouis des discussions constructives » avec le général Burhane « cet après-midi, visant à garantir que nous puissions continuer à opérer partout au Soudan, de manière neutre, indépendante et impartiale, pour tous ceux qui ont un besoin urgent de soutien international », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée par le Conseil de souveraineté présidé par le chef de l’armée.
Après cette rencontre, le général Burhane, dirigeant de facto du Soudan depuis le coup d’Etat de 2021, a de son côté réaffirmé son « engagement à coopérer avec l’ONU » dans un communiqué officiel.
Le troisième plus grand pays d’Afrique est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant à l’armée aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), tous deux accusés d’exactions.
Au premier jour de sa visite au Soudan, Tom Fletcher a également rencontré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelaty, et son homologue soudanais, notamment pour discuter de la question humanitaire, selon un communiqué officiel égyptien.
M. Fletcher a dit sur X vouloir « faire pression » pour garantir « l’accès et le financement nécessaire » aux équipes humanitaires au Soudan.
Le général Burhane avait récemment répété dans un discours télévisé que ses forces allaient « venger ceux qui ont été tués et maltraités (…) dans toutes les régions attaquées par les rebelles ».
Les FSR ont de leur côté affirmé la semaine dernière soutenir une proposition internationale de rêve humanitaire – ce à quoi l’armée n’a pas réagi – mais ont intensifié leur offensive dans la grande région centrale et stratégique du Kordofan.
– Poursuite des combats –
Depuis la chute aux mains des paramilitaires fin octobre de la ville d’El-Facher, dernier bastion de l’armée dans le Darfour, environ plus de 88.000 habitants – dont les trois quarts étaient déjà des déplacés – ont fui la ville et ses environs, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
D’après Anna Mutavati, directrice régionale de l’ONU Femmes pour l’est et le sud de l’Afrique, « les femmes fuyant El-Facher ont enduré la famine (…) les déplacements, les viols et les bombardements. »
« Des femmes enceintes ont accouché dans les rues alors que les derniers hôpitaux de maternité restants ont été pillés et détruits », at-elle déclaré mardi depuis Genève.
Depuis la chute de la dernière des cinq capitales du Darfour, les combats s’intensifient au Kordofan voisin, région pétrolifère devenue le nouvel épicentre de la guerre.
Lundi, les FSR ont affirmé que leurs combattants avaient été déployés « en grand nombre » dans la ville de Babanusa, pour s’emparer de la seule ville du Kordofan-Ouest contrôlée par l’armée.
Babanusa, carrefour stratégique entre le Darfour et le Kordofan, est un important noeud ferroviaire dépendant de l’ouest du pays à Khartoum.
Les bénévoles de la Cellule d’intervention d’urgence de Babanusa, l’avaient décrit dimanche comme « une ville fantôme », affirmant que l’ensemble de ses 177.000 habitants l’avait désertée.
Au Kordofan-Nord, les FSR ont pris fin octobre la ville de Bara et massé leurs forces autour de la capitale régionale, El-Obeid, où une attaque a fait au moins 40 morts, selon un communiqué de l’ONU publié mercredi.
Depuis cette avancée, près de 38.000 personnes ont fui la région, toujours selon l’ONU.
Le conflit au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts, déplacés près de 12 millions de personnes et provoqué, selon l’ONU, la pire crise humanitaire au monde.
Les experts redoutent une partition du pays, de facto divisée entre les zones tenues par l’armée, au nord, à l’est et au centre, et celles tenues par les FSR à l’ouest et au sud