Fort du « soutien total » du président français Emmanuel Macron en vue du vote de confiance sur le budget à l’Assemblée nationale en septembre, a priori perdu d’avance, le Premier ministre François Bayrou va recevoir les principaux responsables des différents partis politiques la semaine prochaine.
« A partir de lundi (…) je vais recevoir les responsables de partis politiques et de groupes parlementaires », a déclaré le Premier ministre à la télévision, se disant prêt à « ouvrir toutes les négociations nécessaires » à la « condition préalable » d’un accord sur « l’importance de l’effort » à consentir dans le prochain budget.
« Est-ce qu’on s’accorde sur la gravité et sur l’urgence? », a-t-il insisté, ajoutant qu’il « reste douze jours, c’est très long pour parler ». Mais peut-être trop peu pour inverser un rapport de forces qui lui est nettement défavorable.
En Conseil des ministres mercredi, Emmanuel Macron a dit son « soutien total » à la démarche de François Bayrou et a jugé qu’il ne fallait être « ni déni de réalité ni catastrophisme » concernant la situation financière du pays, a rapporté la porte-parole du gouvernement.
Deux jours plus tôt, le Premier ministre avait annoncé qu’il allait engager devant les députés la responsabilité de son gouvernement de centre et droite sur le désendettement de la France et le cap budgétaire à fixer pour 2026.
Cette décision ouvre une nouvelle période d’incertitude qui place encore Emmanuel Macron en première ligne. Car M. Bayrou ne dispose pas de la majorité, et les oppositions de gauche et d’extrême droite ont fait savoir qu’elles ne voteraient pas la confiance. Le gouvernement a donc toutes les chances de tomber.
– Malaise –
« Je ne comprends pas ce coup de poker. Pas de méthode, pas de contacts, pas de négociation pendant l’été. Et tout d’un coup, faites-moi confiance en général et ensuite on pourra discuter », a résumé à gauche l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (centre gauche), qui y voit « un mal français, le manque d’humilité ».
Le malaise est palpable jusque dans le camp présidentiel. « Cette décision, elle est prise. On peut ergoter sur +est-ce qu’il fallait la prendre ou pas? Elle est là », a balayé l’ex-Premier ministre Gabriel Attal.
Même au sein de la coalition gouvernementale, la confiance n’est pas complètement garantie, notamment au sein de la cinquantaine de députés Les Républicains (droite) où « il n’y a pas à ce stade d’unanimité sur le vote de confiance », a indiqué à l’AFP une source parlementaire. Aucune voix ne manquera en revanche dans le groupe Horizons (centre droit), a pour sa part assuré l’ex-Premier ministre Edouard Philippe dans un entretien à l’AFP.
M. Bayrou, qui a promis mardi de se battre « comme un chien » pour éviter la chute de son gouvernement, espère que les Français feront pression sur leurs députés en sa faveur. Mais il n’a pas l’opinion publique de son côté: seules 27% des personnes interrogées disent espérer que M. Bayrou soit maintenu en fonction par les députés, selon un sondage Elabe.
– « Inéluctable » –
Dans un autre sondage Ifop, 63% des Français réclament une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, alors qu’ils n’étaient que 41% début juin.
L’instabilité politique actuelle, inédite sous la Ve République française, proclamée en 1958 pour justement en finir avec la valse des gouvernements, a été déclenchée par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 par Emmanuel Macron au nom d’une nécessaire « clarification », après le revers essuyé par son camp aux élections européennes.
Le scénario d’une nouvelle dissolution, jusqu’ici écarté par le chef de l’Etat, est seulement réclamé par l’extrême droite. « Je ne crois pas qu’une nouvelle dissolution nous permettrait d’avoir une stabilité », a estimé M. Bayrou. Son prédécesseur Edouard Philippe la pense cependant « assez inéluctable » si la situation politique empêchait l’adoption du budget.
L’incertitude politique se transmet sur les marchés, même si, après avoir été sous pression ces deux derniers jours, le taux d’intérêt à dix ans de la dette française se stabilisait mercredi, à 3,50% au même niveau que la veille.