Zimbabwe: les audiences sur les massacres des années 1980 débuteront le 26 juin

Les audiences tant attendues sur les massacres dits de « Gukurahundi », au début des années 1980 au Zimbabwe, débuteront le 26 juin, a annoncé dimanche le panel de chefs locaux mis en place par le président Emmerson Mnangagwa.

Quelque 20.000 civils de la minorité ndébélé avaient alors été tués dans l’ouest du pays, peu après l’indépendance à l’égard la Grande-Bretagne, période pendant laquelle l’ancien président Robert Mugabe, décédé en 2019, affirmait son pouvoir.

L’actuel président avait annoncé en juillet 2024 que les survivants seraient interrogés lors d’une série d’audiences dans les villages, un processus de réconciliation visant à régler griefs et tensions datant de plusieurs décennies.

« Cette initiative est un symbole puissant de notre volonté collective d’aplanir les divisions qui nous séparent depuis trop longtemps », avait-il alors déclaré, qualifiant le processus de « pèlerinage vers la guérison ».

« Les audiences débuteront le 26 juin » et seront présidées par des chefs traditionnels et un panel de membres de la communauté, a annoncé dimanche le chef Fortune Charumbira lors d’une conférence de presse à Bulawayo (sud-ouest), dans la région du Matabeleland où les massacres ont été commis. « Notre approche est centrée sur la victime », a-t-il assuré, en précisant que les audiences seraient fermées aux médias du fait de la sensibilité et de la « nature privée » de certaines histoires.

Un rapport sera remis au président et une indemnisation financière envisagée, mais ses modalités et son montant ne pourront être « prédéterminés avant les audiences ».

 « Mascarade »

À partir de 1983, M. Mugabe a déployé une unité militaire d’élite formée par la Corée du Nord pour réprimer des opposants à l’ouest de Bulawayo, au cœur de la minorité ndébélé. Les soldats y ont tué environ 20.000 personnes entre 1983 et 1987, selon la Commission catholique du Zimbabwe pour la justice et la paix, un bilan corroboré par l’ONG Amnesty International. L’opération fut baptisée « Gukurahundi », terme de la langue majoritaire shona qui peut être traduit par « la première pluie qui lave l’ivraie ».

Selon ses détracteurs, elle visait les dissidents fidèles au rival de Robert Mugabe, son compagnon de lutte pour l’indépendance Joshua Nkomo, la plupart de la minorité ndébélé. M. Mugabe n’a jamais reconnu sa responsabilité, qualifiant les preuves apportées par Amnesty International de « tas de mensonges ». Après avoir pris le pouvoir en 2017, M. Mnangagwa a promis un processus de réconciliation et mis en place des groupes de chefs traditionnels locaux pour enquêter sur ces massacres.

Sans excuses officielles du gouvernement, certains ont alors jugé que le processus démarrait mal. Tel l’activiste local Mbuso Fuzwayo, qui a encore qualifié dimanche l’initiative de « mascarade dès le départ ». « Cela est traité du point de vue de l’agresseur et non de celui des victimes », a-t-il dit à l’AFP, car « certains des auteurs connus sont des personnes en position de pouvoir et ce sont eux qui ont mené l’initiative depuis le début ». Mis en cause alors qu’il était à l’époque ministre de la Sécurité du pays, M. Mnangagwa a lui aussi toujours nié toute responsabilité, dans ce qu’il a ensuite qualifié de « mauvaise passe » de l’histoire du Zimbabwe. (Afp)

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