Le chef du gouvernement français François Bayrou, accusé de crimes, s’est défendu mercredi devant une commission d’enquête parlementaire dans une affaire de violences physiques et sexuelles au sein d’un établissement scolaire catholique participant par ses enfants, quand il était ministre de l’Éducation nationale.
Il a également accusé un témoin-clé de l’affaire Bétharram, entendue avant lui par la commission d’enquête, d’avoir « affabulé » devant les députés. Françoise Gullung, ex-professeure de mathématiques qui a enseigné à Bétharram entre 1994 et 1996, a dit avoir alerté François Bayrou des violences en vigueur dans l’établissement scolaire.
D’anciens religieux et personnels laïcs du collège-lycée Notre-Dame de Bétharram sont visés par quelque 200 plaintes déposées par des anciens élèves pour violences physiques, agressions sexuelles et violations commises pendant des décennies. Après une an d’enquête, le parquet a ouvert une information judiciaire et un ancien surveillant a été inculpé et placé en détention provisoire en février.
Le scandale touche intimement François Bayrou, qui a scolarisé plusieurs de ses enfants dans cet établissement catholique situé près de Pau, la ville dont il est resté maire, et où son épouse a enseigné le catéchisme.
Audition du Pm importante
Le Premier ministre a ajouté devant la commission d’enquête que son audition était « très importante » pour « les victimes ».
« Elle est très importante pour les garçons et les filles qui ont été victimes de violences et particulièrement de violences sexuelles depuis des décennies », a affirmé le Premier ministre devant la commission d’enquête. « Si ma présence comme cible politique a permis que ces faits apparaissent, ce +Mee too+ de l’enfance, alors cela aura été utile », at-il ajouté.
M. Bayrou, qui a été ministre de l’Éducation nationale entre 1993 et 1997, est accusé d’avoir été au courant des violences commises et d’être peut-être intervenu auprès de la justice en parlant à un juge.
Le 11 février, devant l’Assemblée, Le Premier ministre avait déjà affirmé n’avoir « jamais été informé » de violences dans cet établissement et que « jamais, pas une seule fois de (sa) vie et de toute (sa) vie politique », il était « intervenu dans une affaire judiciaire ».
« Procès politique »
Mais un ancien juge, un ex-gendarme et une professeure à la retraite, qui ont déjà répondu sous serment aux députés, ont contredit le Premier ministre, comme sa fille aînée, qui a elle-même révélé récemment avoir été victime de violences physiques lors d’un camp d’été.
C’est une affaire « bouleversante, qui m’a fait beaucoup de mal », a confié M. Bayrou à l’AFP, désireux de « prouver que tout cela était faux ».
Emmanuel Macron, qui a réinvesti mardi la scène intérieure lors d’une intervention télévisée de trois heures, éclipsant son Premier ministre, a redit néanmoins avoir « confiance » en lui pour répondre « à toutes les questions » posées.
Le président français a expliqué avoir « beaucoup parlé » de cette affaire avec lui, et l’a trouvé « bouleversé » notamment par les révélations de sa fille Hélène sur son agression.
Le Premier ministre répondait à un duo de rapporteurs, un député de la gauche radicale et une députée de la majorité présenteielle, qui rendront leurs conclusions fin juin, après avoir entendu des témoins, des victimes et des anciens ministres.
François Bayrou fragilisé
François Bayrou, fragilisé par l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, a plongé dans les sondages en raison notamment de ce scandale qui lui colle à la peau depuis trois mois.
Ses proches soulignent qu’il n’est pas l’objet de la commission d’enquête qui porte sur « les modalités du contrôle par l’Etat et de la prévention des violences dans les établissements scolaires ».
« Si c’est pour faire un procès politique du Premier ministre, ça ne servira à rien », prévient le député centriste Erwan Balanant, pour qui « le vrai sujet » est le silence qui a entouré ces violences à Bétharram, dont les révélations ont libéré la parole dans d’autres institutions.
Censure?
Peu dans son camp imaginent pourtant une censure contre lui sur cette affaire. « Le mensonge en politique, ça ne passe pas, mais c’est équilibré par la vraie détresse du Premier ministre quand il a appris les violences contre sa fille » ou rencontré des victimes à Pau, estime une autre ministre.
François Bayrou a « menti » parce que « ça le gênait dans son ascension politique », s’est emporté lundi le père d’une victime.
« S’il avait lui-même couvert l’institution pour la protection au détriment des élèves, effectivement, il devrait partir », a jugé le Premier secrétaire du Parti socialite Olivier Faure.
L’extrême droite évacue elle toute censure sur ce sujet, condamnant « l’instrumentalisation du drame (…) à des fins politiques. (Afp)