Iran : les civils pris en étau entre répression « extrême » et guerre (enquêteurs de l’Onu)

La population civile iranienne se trouve prise au piège entre une répression étatique « extrême » et l’impact de la guerre au Moyen-Orient, éclate fin février par des frappes israélo-américaines, ont alerté jeudi des enquêteurs de l’Onu.

Les civils « sont pris entre de graves violations des droits humains et des crimes contre l’humanité commis par leur propre gouvernement, et le conflit meurtrier opposant le pays aux Etats-Unis et à Israël », a déclaré la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran.

Dans son dernier rapport qui doit être présenté lundi au Conseil des droits de l’Homme, elle établit que la réaction de Téhéran face aux manifestations de l’hiver dernier « marque une escalade significative par rapport au passé ».

Les enquêteurs constatent une montée en puissance « tant par l’ampleur des violences et des homicides que par les efforts déployés pour couper les liens entre les communautés et avec le monde extérieur, le recours à des lois répressives et l’utilisation croissante de la peine de mort comme instrument d’intimidation et de contrôle ».

Le mouvement de contestation, qui avait initialement débuté fin décembre pour protester contre la hausse du coût de la vie, s’est rapidement transformé en vastes protestations antigouvernementales ayant culminé les 8 et 9 janvier.

Des ong parlent d’une répression ayant fait des milliers de morts, quand le pouvoir a fait état de plus de 3.000 morts, imputant les violences à des « actes terroristes » orchestrés par les Etats-Unis et Israël.

La mission accuse les forces de sécurité d’avoir « procédé à des meurtres à une échelle stupéfiante dans les 31 provinces », les bilans les plus lourds ayant été signalés à Téhéran, Karaj (ouest de Téhéran), Machhad (nord-est), Ispahan (centre) et Rasht (nord).

En outre, souligne-t-elle, « des dizaines de milliers de personnes ont été privées de liberté dans le cadre d’arrestations et de détentions arbitraires à grande échelle », parfois assorties de « tortures » et de placements à l’isolement.

 

– « Crimes de guerre » présumés –

Les autorités avaient par ailleurs suspendu l’accès à l’internet international pendant les manifestations, puis de nouveau au début de la guerre, pendant plusieurs mois.

Et depuis le début du conflit, le gouvernement a « intensifié son recours à la peine de mort contre les manifestants », avance les enquêteurs, affirmant qu’entre mars et août 2026, au moins 29 hommes ont été exécutés « à l’issue de procès expéditifs » en lien avec les manifestations.

« Plus de 70 personnes, dont cinq femmes et trois garçons, restent exposés à un risque d’exécution imminent », ajoutent-ils.

Le rapport conclut que nombre de ces violations constituant des « crimes contre l’humanité, notamment des meurtres, des emprisonnements, des actes de torture et d’autres actes inhumains ».

La mission dénonce également des frappes menées par le camp américain le 28 février, au premier jour de la guerre.

Selon elle, il existe des « motifs raisonnables » de croire que les Etats-Unis ont commis des « crimes de guerre » en lançant des attaques « sans discrimination ayant entraîné la mort ou des blessures de civils ».

Les experts citent celles-là contre une école primaire de Minab (sud), qui ont tué plus de 150 personnes, dont environ 120 enfants, et contre un complexe sportif et une zone résidentielle « clairement identifiables » à Lamerd (sud), tuant 22 civils.

La mission a appelé l’Iran et les Etats-Unis à stopper « toutes les violations et tous les crimes » et a demandé aux belligérants de mettre « immédiatement fin aux hostilités ».

Les Etats-Unis ont réagi jeudi en disant n’accorder « pas de crédit » à ce rapport.

Rappelant que le gouvernement américain s’est retiré du Conseil des droits de l’Homme, un responsable du département d’Etat a accusé ce dernier de « manquer à ses propres +valeurs+ en se livrant à une rhétorique anti-américaine et à l’antisémitisme, tout en cherchant à apaiser des régimes répressifs »

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